De toutes les unités temporelles usuelles, la seconde est nul doute celle dont la conscience nous est plus immédiate, plus rapprochée. Quand le temps nous paraît long, même les secondes s’écoulent au ralenti. Du tic-tac de l’horloge grand-père à la trotteuse ou à la sauteuse des horloges et montres plus modestes, les secondes fuient inexorablement dans le passé, l’une après l’autre incessamment.

 

Nous savons tous qu’il y a 60 secondes dans une minute, 3 600 dans une heure, 86 400 dans une journée, 604 800 dans une semaine, 31 536 000 dans une année. Une vie d’humain qui couvre 75 ans en aura consommé 2 365 200 000 (deux milliards trois cent soixante-cinq millions deux cent mille), auxquelles il conviendrait d’ajouter un million et demi supplémentaire en tenant compte de près d’une vingtaine de jours bissextiles. Tout compte fait, vaut mieux les vivre intensément que de passer son temps à les voir défiler.

 

Il est tout de même bon d’y consacrer quelques… minutes. Les savants, les physiciens ont déterminé sa dimension précise au niveau atomique, équivalant à 9 192 631 770 périodes de la radiation correspondant à la transition entre les deux niveaux hyperfins de l’état fondamental de l’atome de césium 133. Ouf! comprenne qui pourra, qui voudra! Par ailleurs, en géométrie, elle représente une unité d’angle, un soixantième de la minute et un trois mille six centième du degré. Chaque point du globe est désigné par sa latitude (parallèle) et sa longitude (méridien) qui s’expriment en degrés, minutes et secondes. Ainsi, Saint-Hippolyte se situe à 45 degrés 56 minutes 00 seconde de latitude Nord (45o56’00’’Nord ) et 74 degrés 00 minute 57 secondes de longitude Ouest (74o 00’57’’Ouest).

 

Attendez une seconde, j’allais oublier l’étymologie. Le terme seconde tire son origine du binôme latin médiéval (minuta) secunda (en latin classique minutum secundum), qui signifie littéralement (minute) secondaire, qui vient au deuxième rang, par opposition à la vraie minute, minuta prima. Elle est donc en dessous, inférieure à la minute, plus petite qu’elle.

 

Attardons-nous maintenant à quelques expressions où figure le mot seconde. La plupart renvoient à la notion de brièveté, d’immédiateté. Ne pas avoir une seconde à perdre évoque l’urgence d’agir, de décider. À quelqu’un à qui vous pensez pouvoir répondre rapidement, vous pourriez bien lui dire donnez-moi une seconde, ou encore je suis à vous dans une seconde. Véritablement, l’attente pourrait quand même prendre l’habit de la minute et davantage.

 

On associera souvent seconde à un bref moment caractérisé par rapport à une situation, à une condition. Il peut arriver que l’on ait une seconde d’intuition. Un accident peut se produire, suite à une seconde d’inattention, une seconde d’hésitation. Les procrastinateurs remettent constamment à plus tard, et sont souvent contraints d’agir à la dernière minute, voire à la dernière seconde.

 

Pour souligner une action rapprochée et régulière, on recourra à de seconde en seconde ; de cette façon, on dira que les gouttes d’eau d’un robinet qui fuit, de seconde en seconde, me taraudaient, à la manière d’un supplice chinois. Pour signaler la progressivité et le temps qui passe, de seconde en seconde le ruisseau gonflait ses eaux, frôlant le torrent.

 

Pour indiquer l’imminence de quelque chose, on utilisera d’une seconde à l’autre. La digue, battue par les eaux déchaînées, n’allait pas tenir, elle pouvait éclater d’une seconde à l’autre. Signalant la presque simultanéité de deux éléments, on emploie à la seconde comme dans à la seconde où il l’aperçut dans l’embrasure de la porte, il sut que son destin était scellé…

 

Malgré leur petitesse, les secondes sont importantes, et loin d’être secondaires. Demandez aux sprinters olympiques du 100 mètres. Les centièmes de seconde sont comptabilisés par les chronomètres modernes. La vitesse est souvent transcrite en pieds, mètres, milles à la seconde! Et la lumière, elle, ne parcourt-elle pas 300 000 kilomètres à la seconde ? Dans le monde de l’infime, on retrouve aussi les millisecondes, voire les nanosecondes (milliardièmes). L’électronique et la haute technologie utilisent bien souvent à ces subdivisions hyper minimales.

 

La seconde, subtile et filante, nous échappe constamment. À chaque seconde qui passe, elle glisse dans le passé, mais s’inscrit aussi tournée vers l’avenir. Il nous reste à la saisir et à en profiter sans retenue. Je n’hésite aucunement à vous y encourager tous, en latin d’origine… carpe secundum!

 

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