De tous les segments temporels qui marquent l’activité humaine, le jour (ou la journée) est bien celui qui nous est le plus familier, car il nous revient… au quotidien!

 

Voyons-en d’abord la définition. Jour est un terme qui désigne la période de vingt-quatre heures correspondant à la durée d’une rotation complète de la Terre sur elle-même. Ce cycle de 24 heures, qu’on qualifie de circadien, mesure notre vie, notre rythme biologique. Le mot circadien, d’ailleurs, est bien choisi puisqu’il est composé de deux éléments émanant du latin, circa voulant dire environ, presque, et dies jour. On l’appelle aussi nycthéméral tirant son origine cette fois du grec nux, nuktos pour nuit (entendre obscurité) et hêmera pour jour (entendre clarté). Ainsi la succession du jour et de la nuit préside à nos destinées, de notre naissance à notre trépas.

 

En fait, jour provient plutôt de diurnus, un dérivé adjectival de dies. On aura reconnu diurne, référant à la période entre le lever et le coucher du soleil, en opposition à nocturne évoquant l’inverse. C’est ainsi que l’on parlera d’animaux ou de plantes diurnes ou nocturnes, selon qu’ils s’activent de jour ou de nuit. L’évolution linguistique a vu la disparition du « d » et le « i » est devenu « j » (en latin, le j se prononce i). L’ancien français disait jor ou jur avant de se fixer sur jour. L’italien giorno (prononcer djiorno) colle davantage à diurnus.

 

On ne retrouve plus guère la particule di que dans midi (moitié du jour), avant-midi et après-midi, de même que dans les jours de la semaine lundi-mardi-mercredi-jeudi-vendredi-samedi. Ne devrions-nous pas, par souci de laïcité, changer l’appellation dimanche pour soldi, le jour du soleil ? Les langues non latines le font déjà, l’anglais avec Sunday, l’allemand avec Sonntag… et trois des quatre langues scandinaves avec sondag, le « o » portant tréma ou une oblique transversale. Par contre, pour les termes dérivés, certaines langues latines sont restées fidèles de plus près au dies. On trouve pêle-mêle en espagnol, portugais, ou italien dia, diario, diarista et l’anglais a fait de même avec diary.

 

Oh! J’oubliais, il y a aussi le terme quotidien (à la fois adjectif et substantif) signifiant qu’une action ou une situation revient tous les jours. Il est tiré du latin quot combien, quel, et dies (on l’aura deviné), signifiant ce qui est de chaque jour. L’adverbe quotidiennement a suivi, et un autre nom, quotidienneté, un peu moins courant et moins agréable à l’oreille, a fait son chemin dans le langage. La variante quotidianité, moins usitée, appartient plus au monde littéraire.

 

Voyons maintenant les principaux dérivés du mot jour. Le premier, entendu et prononcé tous les jours, est assurément bonjour. C’est le petit mot que l’on dit lorsque l’on rencontre quelqu’un. Et, s’il vous plaît, on évitera tôt dans la journée de saluer avec un bon matin, un calque de l’anglais qui agace l’oreille et ne correspond pas à l’esprit de la langue française. Cependant, en fin de journée, on dira plutôt bonsoir. Et lorsque l’on quitte quelqu’un, on ne répétera pas bonjour, on dira au revoir. Oubliez les bye, goodbye anglais. S’abstenir de recourir inutilement et abusivement à des termes ou expressions empruntés à une autre langue est une façon efficace d’enrayer l’aliénation qui nous guette au tournant, si nous n’y prenons garde.

 

Un autre mot, très commun, est toujours, formé évidemment de tous et jours, et désigne la permanence, quelque chose qui est, ou se produit, tous les jours, tout le temps. Quand c’est pour toujours, ça dure… à tout jamais! Le dérivé de jour le plus rapproché est nul doute journée qui, à bien des égards, s’y confond. Mais il s’applique surtout à la période du jour de l’aurore au crépuscule, grosso modo de 6 heures à 18 heures. On pensera à une journée de travail, d’école, de vacances, etc.

 

Bien connu aussi de tous, le vocable journal réfère de nos jours à une publication quotidienne fournissant les nouvelles du jour. Il a engendré journalisme, journaliste et journalistique… et journaleux. Historiquement, c’est en 1777 que paraît Le Journal de Paris, premier quotidien en français. Par glissement de sens, journal s’applique à une publication savante, paraissant surtout mensuellement. En anglais, on trouve de nombreuses publications périodiques, surtout au mois, qui utilisent le mot Journal, intégré depuis longtemps à la langue de Shakespeare. Aujourd’hui, revue et magazine ont pris le relais dans le monde francophone. À notre époque audiovisuelle se sont ajouté téléjournal, journal télévisé. Le terme journal renvoie aussi à un carnet auquel on confie les événements qui nous arrivent et les réflexions que nous inspire le quotidien.

 

Il y a aussi journalier (adjectif et nom) désignant ce qui se fait chaque jour ou une personne qui travaille à la journée ou est rémunérée à la journée, comme certains domestiques et travailleurs saisonniers ou agricoles. On retrouve aussi parfois journellement, un peu plus littéraire, qui peut remplacer quotidiennement ou souvent.

 

Jour a aussi donné lieu à ajourner et ajournement qui indique que l’on remet à une autre date, une réunion, un rendez-vous, une discussion. Jour, dans le sens de lumière (clarté du jour), a généré ajourer et ajour, employés en broderie ou architecture, lorsque des ouvertures, des trous laissent passer la lumière. Le mois prochain, nous explorerons un éventail d’expressions comportant le mot jour.

 

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