Mois et semaines, jours et heures, minutes et secondes ne sont pas les seuls à ponctuer, structurer nos vies. Il y a quatre autres divisions, plus larges encore qui cadrent et encadrent notre passage temporel sur cette planète. Elles se partagent les 365 jours en quarts d’an, chacune à sa manière. Et j’ai nommé les saisons. Nous les examinerons de plus près, une à une, au cours des prochains mois, dans l’ordre suivant : été, automne, hiver, printemps.

 

D’aucuns argueront qu’il y aura un fort décalage au moment de la parution! J’en conviens, mais qu’à cela ne tienne! Vous verrez, nous rattraperons le temps, celui qui souvent nous échappe dans le sablier. Ainsi, dans l’édition courante (novembre), nous nous limiterons au terme saison lui-même. Celle de décembre jettera son dévolu, nostalgique sur la saison révolue de l’été, celle qui fut, qui a… été. En janvier de l’an nouveau, nous aborderons l’automne, qui se sera terminé une dizaine de jours plus tôt. En février, nous serons dans la cible, au plein cœur de l’hiver. Je vous disais que l’on rattraperait le temps. Et en mars, à trois semaines de son amorce officielle, nous nous laisserons bercer par l’espoir de la douceur d’un printemps hâtif et convaincant. Qu’en dites-vous ?

 

Ce quatuor nous permet, du moins sous nos latitudes, d’apprécier goulûment, non seulement une grande variété de paysages, mais aussi d’activités de plein air… ou d’intérieur douillet. Vivaldi n’a pas hésité à les célébrer dans son « quadriptyque » musical Les quatre saisons. Et Haydn leur a composé un oratorio profane tout aussi captivant.

 

Le mot saison, simple d’apparence, tire son origine du latin, encore une fois! Son sens, d’abord applicable à l’une des quatre (la saison nouvelle, le printemps) s’est élargi pour désigner tout aussi bien les trois autres. Voyons un peu. Le substantif satio (sationem, à l’accusatif) signifie semailles, semences. C’est la période appropriée pour mettre en terre les graines qui porteront fruits… ou légumes (!) à la fin de l’été ou en cours d’automne.

 

Formellement, la saison est chacune des périodes d’environ trois mois se situant entre un équinoxe et un solstice. La variation climatique résulte de l’inclinaison de l’axe polaire par rapport à l’orbite terrestre. L’alternance des saisons est inversée dans l’hémisphère Sud. Chacune de ces périodes est marquée par une fourchette climatique généralement constante et un stade particulier de la végétation. En zones tropicales, on réfère surtout à deux divisions plus vastes, soit la saison sèche et la saison (humide) des pluies.

 

Saison désigne aussi la période indéterminée où se déroulent certaines activités agricoles. On parlera ainsi de la saison des labours, de la saison des semailles, de la saison des foins, ou encore de la saison des récoltes, la saison des vendanges. Bien d’autres activités prétendent aussi à l’appellation (pas très contrôlée) de saison. De la sorte, vous traquerez le gibier pendant la saison de la chasse, ou vous taquinerez le poisson en saison de pêche. Tout comme vous pourriez faire l’autocueillette, en saison (ah!) des fraises et des framboises, ou encore des pommes, des poires et… des fruits distéliens!*

 

On recourt également au terme saison pour qualifier une période de temps d’une activité particulière ou d’un secteur spécifique, dont l’intensité est variable. Par exemple, les prix sont normalement plus élevés en haute saison touristique qu’en basse saison. Divers commerces connaissent aussi une haute ou basse saison, selon les produits proposés. On dit aussi saison creuse, lors d’une période de baisse notable d’achalandage. Les consommateurs, peut-être atteints de syllogomanie, accourront à toutes jambes durant l’une ou l’autre saison des soldes. Les collections de vêtements et accessoires de mode sont écoulées en fin de saison(s). Si vous portez un habillement ne correspondant pas au climat, on pourrait bien vous blâmer de ne pas être de saison. Pour occuper une journée maussade, vous pourriez bien vous gaver, en téléphage aguerri(e), de la dernière saison complète de votre téléfeuilleton favori.

 

Les mots de la famille de saison sont en nombre limité. On y retrouve saisonnier, saisonnalité, désaisonnaliser. Moins évidents sont les deux mots assaisonner et assaisonnement. Historiquement, il s’agissait de préparer de façon adaptée à la saison, de cultiver la terre en fonction de la saison. La signification a évolué pour désigner au XVIe siècle, et encore de nos jours, l’action d’accommoder une préparation culinaire avec des produits (épices, etc.) qui en relèvent le goût. Bon appétit, en toute(s) saison(s) et à la prochaine !

*Clin d’œil à la chanson Scoubidou de Sacha Distel de la fin des années ’50 (en fait une version non autorisée d’un succès américain interprété par Peggy Lee).

 

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