Dans presque toutes les situations auxquelles un individu ou une corporation vont faire face à un moment donné, il existe un point où on se doit de prendre une décision cruciale. Ayant atteint ce point limite (breaking point) au-delà duquel une impasse, un problème majeur, un tracas substantiel seront créés, il faut réagir.

La fracture

Il va de soi qu’avant d’atteindre ce point de non-retour, il serait préférable d’intervenir après avoir longuement réfléchi et planifié les réactions requises. Il ne suffit pas d’être arrivé à cette échéance, à une date butoir ou un point de rupture pour commencer à établir une stratégie de mesures correctrices. Le paroxysme d’une situation n’est pas un bon moment pour instaurer des actions. Selon Jean Christophe Rufin, « les hommes se donnent licence que pour le mal. C’est la seule passion à laquelle ils ne mettent point de limites ».

Trop d’exemples malheureusement

Les exemples se référant à l’atteinte d’un point limite sans prévision foisonnent. Nous soulèverons ici surtout ceux inhérents à la pollution.

Le déversement en 2015 dans le fleuve Saint-Laurent de 4,9 milliards de litres d’eaux usées, fortement polluées, par la ville de Montréal, aurait probablement pu être évité avec un entretien échelonné sur plusieurs années. Maintenir le pont Champlain, qui est douloureusement surutilisé et endommagé depuis plusieurs années, engendre des coûts faramineux, y compris ceux reliés à la construction d’un nouveau pont.

La lutte contre la pollution est l’exemple type où l’on entrevoit un point de rupture dans différents domaines comme le nombre de débris spatiaux dans la stratosphère, le recyclage des appareils électroniques, la gestion des pneus usés, le démantèlement des navires périmés. Que l’on pense au vortex, un tourbillon de déchets de plastique. La première grande zone d’ordures ou vortex dans le Pacifique Nord (GPGP ou Great Pacific Garbage Patch) atteint maintenant une superficie équivalente à trois fois celle de la France. Ce « septième continent », de dix à trente mètres de profondeur, charrie 1 800 milliards de morceaux de plastique toxique. 1 Depuis, quatre autres vortex dans les océans ont été repérés.

On prévoit bannir la fabrication des pailles pour boire (ou régulariser fortement son utilisation) puisqu’elles ne sont utilisées qu’une seule fois, faites à partir de plastiques dérivés du pétrole difficilement ou non biodégradables : plus de 500 millions de pailles sont jetées quotidiennement aux États-Unis. 2

Malgré les campagnes d’interdiction de fumer la cigarette, plus de 127 000  mégots de cigarettes à la seconde sont jetés. On crée des masses incroyables de pollution (allumettes, emballages, briquets, cendres) à partir de onze milliards de cigarettes fumées et jetées par jour. 2

Recyclons

On recycle, mais il existe de moins en moins d’entreprises de recyclage (le verre au Québec, certains plastiques en Chine). Bien qu’on enregistre de grands succès dans le combat contre ce monstre de pollution, il existe encore des efforts majeurs à entreprendre. Comme la population mondiale s’accroît exponentiellement, les quantités de produits à traiter et à dépolluer augmentent. Comme l’affirme Steve Lambert, « l’on ne peut pas arrêter le progrès, mais la pollution, elle, grandit en même temps ».

Ce que l’on doit retenir de tout cela, atteindre un point de rupture en ce qui a trait à la pollution n’est pas permissible dans un monde moderne. Entre autres, les options offertes par les municipalités avec les bacs et zones de recyclage doivent être utilisées à leur plein potentiel. Afin de conserver le plus d’espaces vivables, le combat contre la pollution se doit d’être une priorité constante pour tous. On le doit aux prochaines générations.

Source :

1 La Presse 23 mars 2018

2 Wikipédia