Nous sommes continuellement bombardés, subjugués, submergés et pour finir ensevelis de renseignements, d’informations et d’analyses de toutes sortes. En essayant de décortiquer ce déluge de messages et de données, on cherche laborieusement à vouloir mieux identifier, comptabiliser et finalement répertorier ce qui nous entoure. Afin de pouvoir dé-complexifier le tout, la trouvaille a été de créer des nomenclatures, des catégories, des répertoires, des strates et des classes.

Selon Jean Dion, « on oublie, dans le classement des grands évènements ayant marqué le millénaire, d’inclure la vague des classements ».

Effectivement, la meilleure solution, pour mettre de l’ordre devant cette avalanche d’informations et de tenter de mieux comprendre la société et les individus qui en font partie, a été de tenter par tous les moyens de placer dans une case et de créer un classement.

On cherche sa classe

Par exemple, pour mieux vous connaître, des gens peuvent identifier vos principaux traits de caractère et répertorier certains de vos comportements grâce à la classification. Statistiquement ou ésotériquement, on vous reconnaît, jusqu’à un certain point, si vous êtes : un homme, de la génération « Y », québécois, d’un quotient intellectuel de donné, francophone, sagittaire, serpent (horoscope chinois), marié, banlieusard (le fameux « 450 »), col blanc, natif de telle région, diplômé de telle institution, etc.

De cet échantillonnage vraiment fragmentaire, on se permet d’extrapoler et d’établir des modèles à partir des caractéristiques qui semblent découler de l’appartenance à certains de ces cloisonnements. Que ceux-ci illustrent bien votre personnalité demeure quand même une approximation. « Il vaut mieux changer de classe qu’être déclassé  », a énoncé Jean Grenier.

On classifie

Friands de numéroter ou immatriculer la plupart des phénomènes qui nous affectent, on met en place des palmarès, des listes de 10 premiers, des grades. On établit des échelles et des rangs comme, par exemple, dans les sports qui utilisent des chiffres décodant les exploits et les belles performances. On n’a qu’à regarder quelques pages de journaux avec toutes les statistiques imaginables sur le rendement de joueurs de hockey de la Ligue Nationale. Vous voulez visionner un film, alors les médias se font un plaisir et un devoir de vous offrir des critiques chiffrées qui parfois se contredisent largement. La publication des résultats des recensements est un autre exemple où les statistiques et la classification prennent un rôle prédominant et bouleversent notre vision.

Évidemment, cela nous pousse comme Georges Perec : « Que me demande-t-on au juste? Si je pense avant de classer? Si je classe avant de penser? Comment je classe ce que je pense? Comment je pense quand je veux classer? »

Cette recherche de vouloir tout classifier et même de catégoriser les catégories entraine un effet encore plus nocif que celui d’être submergé d’informations : comment interpréter honnêtement et franchement les résultats?

Compartimenter

Peut-on vraiment quantifier et cloisonner des faits et gestes dans un classement quand tant de facteurs peuvent influencer le rendement? Connaissons-nous vraiment l’environnement et le contexte dans lequel l’évènement a été répertorié? Est-ce que ce cloisonnement réduit la portée des faits? Comment pouvez-vous vraiment évaluer les qualités intrinsèques d’un phénomène?

Si on utilise les dénombrements et les classements comme un autre outil pour une meilleure compréhension et non une fin en soi, alors ils ont leur utilité. Toutefois, dans trop d’occasions, on choisit de cataloguer et juger un individu d’après ses classements qui ne reflètent pas sa pleine personnalité.