En février, il est approprié, je crois, de parler un peu de la Saint-Valentin… et d’amour!

 

Surnommée la fête des amoureux, la Saint-Valentin tire son origine dans l’obscurité de l’histoire. Essayons d’éclairer un peu le tableau. D’abord, qui était Saint Valentin ? Tout n’est pas avéré, mais il aurait été un Romain christianisé, devenu moine ou prêtre (IIIe siècle) qui mariait les couples chrétiens. Arrêté, emprisonné, il subit le martyre. Il fut canonisé deux siècles plus tard et désigné saint patron des fiancés et amoureux.

 

Il y a sans doute aussi un lien avec les Lupercales, fêtes païennes de la Rome antique célébrées du 13 au 15 février, pour marquer la fin de l’année. Le Nouvel An romain de l’époque débutait le 1er mars. Un rituel de ces manifestations voyait deux jeunes hommes (Luperques) asperger filles et femmes sur leur parcours pour favoriser leur fertilité.

 

Le (futur) patron des amoureux fit son chemin dans la tradition chrétienne médiévale. La fête valentine est attestée à la fin du 15e siècle. La mi-février correspondait au moment où les jeunes gens commençaient à sortir de chez eux pour aller danser. C’était aussi la date approximative où s’amorçait la période des amours chez les oiseaux, du moins en Europe, climat plus clément oblige. Le lien était fait. La commercialisation a fait le reste à notre époque.

 

La célébration a mené à la création des substantifs, masculin et féminin, valentin et valentine, qui remontent à la fin du Moyen Âge. Le terme désigne la personne dont on est amoureux ou amoureuse et à laquelle on offre des présents en marque d’affection. Au Québec, l’appellation masculine s’applique aussi à la carte de vœux soulignant l’occasion.

 

La fête de la Saint-Valentin se veut un hommage à un noble sentiment, l’amour, un des ressorts de l’action humaine. D’autres impulsions, la soif de la richesse et le goût du pouvoir, ont souvent donné et donnent encore lieu à des abus et à des malfaisances. La passion amoureuse, de son côté, a aussi mené à des entreprises peu pacifiques. L’amour de Ménélas pour la belle Hélène a débouché sur la tragique guerre de Troie, narrée par Homère dans son Iliade. Et, malheureusement, la presse quotidienne est émaillée de crimes que l’on qualifie de passionnels, souvent motivés, à tort ou à raison, par l’amour. Ironiquement, le gang de Capone choisit le 14 février en 1929 pour éliminer sept membres d’un gang rival, crime passé à l’histoire comme le Massacre de la Saint-Valentin!

 

Comme s’en souviendront les lecteurs assidus de cette chronique, l’amour se décline en genre et en nombre (voir Le Sentier d’avril 2018, p. 10). Il n’est pas inutile d’y revenir. Avec ses comparses délice et orgue, amour, le troisième élément du trio, est masculin au singulier et féminin au pluriel. La forme plurielle agit en quelque sorte comme un amplificateur, une exaltation, une magnification. Les grandes amours procurent, ou s’accompagnent, de grandes délices, surtout entourées de la sonorité des grandes orgues…!

 

Comment exprimer vos sentiments à l’être aimé ? demanderez-vous. En fonction de votre maîtrise de la langue et de l’écriture, vous pouvez recourir à la plus belle prose, voire risquer la rime. Une petite incursion moliéresque, dans le Bourgeois gentilhomme, ouvre une avenue accessible à tous. Monsieur Jourdain souhaite faire parvenir à l’objet de sa flamme secrète un billet qui dirait : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour, mais il souhaiterait que cela fût mis d’une manière galante… et tourné gentiment. Et le Maître de Philosophie de s’embarquer dans une série d’autres arrangements de ladite phrase :

 

« Ou bien : D’amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux. Ou bien : Vos yeux beaux d’amour me font, belle Marquise, mourir. Ou bien : Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d’amour me font. Ou bien : Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, d’amour. »

 

À monsieur Jourdain qui s’enquiert de la meilleure façon de formuler son petit message, le Maître lui répond que c’est celle que lui-même, monsieur Jourdain, a suggérée en premier. Force est de constater que la simplicité, alliée à la sincérité, en fin de compte, a bien meilleur goût. Alors, n’hésitez pas, aimez, soyez aim(é)es, partagez l’amour. Car, bien sûr. C’est à ton tourde te laisser parler d’amour! Bonne Saint-Valentin!

 

Communiquez avec moi par courriel gdesbiens@journal-le-sentier.ca ou sur la page Facebook du journal Le Sentier pour nous faire part de vos commentaires ou de suggestions de sujets/thèmes à traiter. https://www.facebook.com/Journal-Le-Sentier-24032601631868