C’est pas, ou (je ne) sais pas mon genre… !

À l’époque qui est la nôtre, le genre suscite bien des interrogations et des hésitations. Socialement peut-être davantage, mais du côté de l’orthographe il laisse encore souvent perplexe les amateurs du bien écrire et du bien parler dans le monde de la dictée ou celui des échanges entre humains.
Si la vie en société amplifie ou atrophie les considérations de genre, selon la perspective de chacun, on doit s’en remettre encore à la grammaire de ma grand-mère (pardonnez l’allitération) pour l’expression orale ou écrite.
Genre… m’en souviens
Explorons ensemble divers aspects et règles régissant le genre. À quoi sert donc le genre en français ? Sa fonction est de préciser la nature, le sexe des êtres vivants, humains autant qu’animaux. C’est ainsi donc que nous désignons la femme, le garçon, le lion, la tigresse, etc. Jusque là on obéit à l’évidence de la distinction des sexes. Les choses se compliquent quand il s’agit de déterminer le genre des objets inanimés ou des concepts de l’esprit. Bienvenue dans le merveilleux monde de la syntaxe, parfois arbitraire et pas toujours logique. Nous avons affaire ici au genre grammatical.
À la différence de l’anglais où choses et idées appartiennent au genre neutre (non genré !), le français exige que le masculin ou le féminin s’applique à tous les substantifs ou presque. Il faut donc connaître le genre de tout un chacun des noms communs que nous croisons quotidiennement. Ce qui rend notre langue bien difficile à maîtriser pour tant d’étrangers. La détermination du genre des mots est souvent reliée à des motifs formels, étymologiques ou analogiques.
Nonobstant cette inconfortable situation, certaines règles ou constatations permettent de statuer sur le genre d’une foule de termes, à quelques exceptions près. Ainsi le masculin est de rigueur pour les noms se terminant par -ier, -age, -as, -ement, -ament, -in, -is, -illon, -isme, -oir. Il en est de même pour le nom des arbres, des métaux. Par contre, commandent le féminin les noms terminés par -ade, -aie, -aille, -aine, -aison, -ison, -ande, -ée, -ence, -esse, -ie, -ille, -ise, -sion, -tion, -té, -ure. Sont également féminins les noms de sciences comme la chimie, la physique, la grammaire.
Genres… hein ! différents
Nombre de termes sont épicènes, c’est-à-dire qu’ils s’appliquent indistinctement aux deux genres. On retrouve des noms, tels que enfant (un enfant ou une enfant), guide, architecte, des adjectifs comme rouge, jaune, illusoire, des pronoms comme tu, toi, nous, vous. Quelques mots changent de sens en changeant de genre. Ainsi aigle, au masculin, évoque l’oiseau de proie (mais on écrit aussi une aigle pour la femelle). Au féminin, plutôt pluriel, aigle désigne un étendard ou appartient à l’héraldique (armoiries et devises). La triade amour, délice, orgue, normalement masculin au singulier se féminise en se pluralisant. On parlera, par exemple, de ses folles amours, ou des grandes orgues de la cathédrale.
À l’heure du flou des genres, s’invitent des termes « bi-genrés », comme androgyne (du grec pour homme femme), ou hermaphrodite. Ce dernier qualifie chez l’humain, l’animal ou la plante le fait d’avoir les attributs des deux sexes. Le vocable hermaphrodite provient de la mythologie grecque où le dieu Hermès et la déesse Aphrodite ont engendré un fils qu’ils prénommèrent Hermaphroditos, représenté souvent comme bisexué. Chez l’animal, on songe à l’escargot ou au lombric (ver de terre). En botanique, bien des plantes, au demeurant tout à fait normales, portent les fleurs mâles et femelles en toute harmonie.
Terminons sur une note au goût du jour. On entend et on lit de plus en plus les termes genré, non genré, transgenre. Ces mots à la mode sont un calque de l’anglais et ils sont liés à l’évolution sociale contemporaine qui tend à éliminer les schèmes attribués à l’un ou l’autre sexe. Le Robert historique signale l’apparition dans la langue de transgenre en 1997 et de genré en 1983. Le Petit Robert et le Petit Larousse les ont intégrés beaucoup plus récemment.
Quelle que soit votre appartenance, souvenez-vous que les humains doivent, tout comme en grammaire, s’entendre et s’accorder en genre et en nombre, dans un esprit de communauté fraternelle et sororale. La connaissance des genres, quant à elle, s’apprivoise par la fréquentation assidue des livres et autres publications.
Alors, à vos livres, prêts, prêtes, lisez… !
Je vous reviens dans l’édition de juillet et vous souhaite un bon début d’été. Communiquez avec moi par courriel gdesbiens@journal-le-sentier.ca ou sur le site Facebook du journal Le Sentier pour nous faire part de vos commentaires, ou de suggestions de sujets/thèmes à traiter. https://www.facebook.com/Journal-Le-Sentier-240326016318686/