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Éléphant de Martin Suter chez Christian Bourgois

Dans une grotte près de Zurich, un sans-abri qui y a élu domicile aperçoit une nuit un petit éléphant rose et luminescent. Commence alors pour cet homme, Schoch, qui croit à une hallucination due à l’alcool, une aventure qui va transformer sa vie. Ce n’est d’ailleurs pas le moindre des mérites de ce roman que de nous introduire dans le quotidien des sans-abris de Zurich où se déroule l’action. L’auteur, Martin Suter, suisse alémanique, s’est beaucoup documenté pour créer cette œuvre qu’il portait en lui depuis plus de dix ans, notamment auprès d’experts en zoologie et en fécondation artificielle d’éléphants. Le petit éléphant rose est en fait ce que la génétique appelle un glowing animal, c’est-à-dire un animal auquel on ajoute un pigment d’une autre espèce à l’embryon pour qu’il devienne luminescent, ceci dans le but officiel de servir la recherche médicale, mais il arrive que des entreprises peu scrupuleuses modifient la structure génétique de certains animaux pour en faire des jouets vivants. Aussi, quand le sans-abri Schoch va consulter une vétérinaire de rue pour qu’elle soigne son éléphant nain, elle comprend tout de suite de quoi il s’agit. S’ensuit une intrigue palpitante où le généticien qui a créé l’éléphant nain et un représentant de son commanditaire chinois vont tenter de remonter la filière des sans-abris pour récupérer le spécimen unique. Tout cela raconté dans des chapitres denses, parfois très brefs, aux dialogues percutants,  et à l’aide d’une chronologie complexe qui nous transporte d’un événement ou d’un personnage à l’autre, de sorte que certains événements survenus en début de récit ne prennent tout leur sens que dans des chapitres                                                ultérieurs.

Éléphant est à la fois un roman sur les dérives d’un monde où les recherches génétiques peuvent être dévoyées dans un but mercantile et sur les possibilités de rédemption de ce même monde par la bonté des êtres et leur respect de la vie. À la façon des contes traditionnels, Martin Suter relate une histoire où bons et méchants sont clairement identifiés et où l’émerveillement et la beauté parviennent à triompher. L’espoir est quand même permis.

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