Exploitez-nous

Dans plusieurs situations, nous nous devons d’avoir une certaine retenue dans nos échanges avec autrui afin de nous faire clairement comprendre. Toutefois, sans non plus exagérer, nous pourrions employer beaucoup plus souvent l’adverbe. « Elle cueille son verre délicatement (ah, que l’adverbe est donc la prise de conscience de la langue !) », a écrit Frédéric Dard. L’adverbe est tristement peu employé.

Soutenir son utilisation
Une phrase, dans sa plus simple expression, est normalement constituée par un nom, un verbe et un complément. Mais, l’emploi de l’adverbe (du latin ad qui veut dire auprès du verbe) rajoute fugitivement une progression dans le message que l’on veut transmettre.
Prenons l’exemple suivant : « il fait… froid ». Pour qualifier cette froidure, l’utilisation nommément d’un adverbe permet, entre autres, d’identifier l’intensité, soit haute (extrêmement, terriblement), moyenne (raisonnablement, modérément) ou basse (nullement, passablement).
Effectivement, l’adverbe donne une certaine prestesse et de la précision à l’action initiée par le verbe en temps, lieu et manière. En outre, comme habituellement l’adverbe contient plusieurs syllabes qu’on doit bien prononcer, il permet brièvement de prendre une pause au cours de l’énoncé.
L’emploi de l’adverbe est-il indubitablement superfétatoire, superflu ou superficiel ? Absolument pas. Son rôle n’est pas d’ajouter considérablement de la confusion. Bien que facultatif, devrions-nous dorénavant utiliser plus couramment l’adverbe, cet incompris ? Tout à fait. Aucun doute que son utilisation devrait être accrue puisqu’il fournit imperceptiblement (ou forcément dépendant de l’enjeu) une surenchère ou un degré.

Sans exagération
Il va de soi que les adverbes (surtout ceux finissant en – ment du latin mente ou esprit) par leurs rimes et les résonnances rendent leur présence bougrement flagrante et engendrent assurément une certaine lourdeur. Il ne faut pas faire appel impunément ou indûment à un adverbe si on cherche à transmettre rapidement un message.
Paradoxalement, son emploi est toutefois agréable et dénote une certaine richesse de langage. Toutes les circonstances ne se prêtent pas d’utiliser abusivement ou outrageusement des adverbes : cependant, ceux qui les utilisent parcimonieusement vont vraisemblablement noter leur impact sur l’audience.
« L’absolu n’a guère de sens aujourd’hui que son adverbe », nous a dit Jules Renard. Libérez l’adverbe et exprimez vos sentiments sans frilosité.
Robert Riel
Tous les mots en italiques sont des adverbes.

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