Qui parmi vous, amies lectrices, amis lecteurs, n’avez pas entendu que la langue française était menacée au Québec si on n’y prenait garde ? Toutefois, les manifestations d’inquiétude ont plutôt tendance à s’atténuer et à s’espacer dans le temps. Quelques voix s’élèvent occasionnellement nous invitant et nous incitant à la vigilance. Mais elles ne trouvent pas beaucoup d’écho ni ne soulèvent d’enthousiasme chez les gouvernants ou dans la population. Dans un contexte de mondialisation croissante et de prolifération, voire d’envahissement des médias sociaux, la lutte est difficile, parfois inégale. D’autre part, le continent nord-américain, dominé par plus de trois cents millions d’anglophones, crée bien souvent une mer houleuse pour le frêle esquif québécois.

Avec ses 65 millions d’habitants, on pourrait s’attendre à ce que la France soit à l’avant-poste de la défense de la langue française. Elle a plutôt une attitude timide, pour ne pas dire timorée, face à l’incursion de l’anglais dans la vie quotidienne, dans le domaine commercial, dans l’espace audiovisuel.

Nous avons pu, ma conjointe et moi, prendre la mesure de cette réalité, alors que nous parcourions à pied le chemin de Vézelay sur un peu plus de neuf cents kilomètres, un des itinéraires de Compostelle en France. Au hasard de la route, nos yeux et nos oreilles ont été maintes fois agacés par le recours à l’anglais, dans les raisons sociales des commerces, services et entreprises, ou encore dans les conversations échangées autour de nous.

Souvent, nous avons vu des hypermarchés qui offraient le service des commandes à l’auto, qu’ils préfèrent appeler le Drive. Un salon de coiffure n’hésite pas à se désigner comme l’Hair du temps, une association un peu abâtardie des deux langues. Dans le domaine des affaires, on fait référence à des start-ups quand il est question d’entreprises naissantes. Et dans les réunions de management, on lance son pitch proposant la meilleure stratégie pour affronter les nouveaux challenges du jour. Et l’on s’efforce de customiser son produit ou son service. On trouve des freelances, plutôt que des pigistes ou entrepreneurs individuels.

Dans le secteur informatique, les Français s’accrochent aux mails, parfois écrit méls, plutôt que courriels. Et l’on reboote les ordis. Un programme d’études supérieures à Bordeaux ne craint pas de s’afficher digital, au lieu de numérique. Côté sports et activités de plein air, on s’adonne au footing (la marche), au running (la course). Au soccer, appelé football, le foot pour les amateurs, on parle de corner pour un lancer de coin, de penalty pour un lancer de punition. On joue au bowling et non aux quilles, après avoir stationné son véhicule au parking avoisinant. Et l’on ramasse ses vêtements nettoyés au pressing ou même au dry-cleaning.

Dans le domaine télévisuel, une chaîne d’information s’appelle sans sourciller CNews, où l’on nous présente tôt le matin les Morning News. Dans une émission questionnaire populaire, l’un des prix de consolation offerts aux participants est un ensemble de valises, avec son vanity case assorti, plutôt que mallette ou valisette de toilette.
En conclusion, si l’on souhaite ardemment au Québec promouvoir et défendre la langue française, il faudra avant tout compter sur nos propres efforts, toute contribution extérieure restant au mieux aléatoire.

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