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Les résidents de… sont des personnes résidant à…!

On voit de plus en plus, dans les textes écrits, qu’ils soient administratifs, journalistiques, voire littéraires, apparaître le vocable résidant, plutôt que résident, pour désigner une personne qui réside à un endroit particulier, une région, un pays, un continent, bientôt peut-être une planète, advenant qu’il en soit une autre que la Terre qui héberge une colonie de Terriens, sur Mars par exemple. Le débat continue de faire rage dans les équipes de rédaction et les comités de correction, et notre journal communautaire Le Sentier n’y échappe pas, entre les tenants de la nouvelle forme, de plus en plus invasive, soit résidant, et les aboutissants, pardon, les jusqu’au-boutistes partisans de l’écriture historique qu’est la forme résident.

 

Sans vouloir révéler ma position, à cet égard, bien que vous l’ayez peut-être déjà décelée, étudions quelque peu ce dossier un tantinet épineux. Et si c’était la faute au verbe, à sa puissance dérivative, parfois dérivante. D’aucuns connaissent bien sa force légendaire, de dimension biblique, puisque, avec un V majuscule, il s’est fait chair. Il réussit donc à s’incarner en divers avatars, comme substantifs, participes présents, adjectifs verbaux et davantage. Le miracle n’exige que de modestes modifications, altérations, comme l’ajout ou le retranchement d’une ou quelques innocentes lettres.

 

Dans le cas qui nous occupe, il convient de faire une distinction entre le substantif, le participe présent, l’adjectif verbal et le qualificatif pur et simple. Le participe présent émane directement du verbe et signale une action ou une condition, un état en cours, à la durée délimitée et passagère, par rapport au verbe maître de la phrase. Ainsi, on dira « Il se promenait, rêvant d’hypothétiques rêves ». La temporalité de rêvant est la même que se promenait, elle est dans le même temps, le rêve accompagne la promenade. De même, « J’aperçus quelques canards branchus, résidant depuis peu au lac Ora, qui semblaient être devenus de fiers résidents de cet écrin idyllique ». L’adjectif verbal et l’adjectif ordinaire signalent un état non délimité dans la durée, une qualité plutôt permanente.

 

Mais revenons au substantif, crénom de nom! Les écrits des lexicologues et des grammairiens ne permettent pas de conclure dans un sens ou dans l’autre. Ils semblent s’accommoder de l’une ou l’autre forme. Le Petit Robert de la langue française 2017 reconnaît les deux écritures sans en privilégier aucune. Par contre, le Dictionnaire historique de la langue française (Robert) 2016 aborde le sujet sous l’unique rubrique RÉSIDENT, ENTE, avec des sous-rubriques RÉSIDENCE, RÉSIDENTIEL et finalement RÉSIDANT, ANTE. Sous cette dernière, il présente RÉSIDENT comme un habitant, une personne qui réside dans un lieu, alors qu’il réserve RÉSIDANT comme une forme spécialisée pour référer à un membre d’une académie ou d’une société savante, par opposition à un membre correspondant. De son côté, le Petit Larousse illustré 2014, qui ne voit dans les deux formes que des substantifs, se contente, sous l’acception RÉSIDANT, de renvoyer à RÉSIDENT, une manière de laisser transparaître sa préférence pour RÉSIDENT.

 

L’Office québécois de la langue française, dans sa Banque de dépannage linguistique, ainsi que dans sa publication Le Français au bureau, constate le flottement dans l’usage et admet (regrette, à mon avis) que, dans la langue générale, le mot résidant est soit souvent employé à la place de résident. L’Office recommande de « privilégier » la graphie ent pour le substantif.

 

Dans mon temps, au millénaire dernier, durant la décennie 1960, où se déroula la plus grande partie de mes études, nous n’avions pas cette interrogation. Résident s’appliquait à une personne habitant un lieu, et résidant était le participe présent. On devrait y revenir et s’y tenir.

 

Certains argueront que la langue doit évoluer, qu’elle doit refléter l’usage, exprimé par une majorité de locuteurs et prosateurs, et s’adapter à la société contemporaine. Je ne veux pas de ce miroir incertain et flou qui pourrait bien nous flouer tous. Moi, je m’inscris en faux contre cette approche qui, tout comme la nouvelle orthographe, tend à niveler l’écriture et l’expression au ras des pâquerettes. À vouloir simplifier, pour s’ajuster à la majorité criarde, on finira par oublier le pourquoi des différenciations, l’intention des formes verbales, et l’ancrage, l’enracinement de tous ces mots qui nous sont si chers et qui enrichissent et enjolivent notre quotidien.

 

Communiquez avec moi par courriel gdesbiens@journal-le-sentier.ca ou sur le site Facebook du journal Le Sentier pour nous faire part de vos commentaires, ou de suggestions de sujets/thèmes à traiter.  https://www.facebook.com/Journal-Le-Sentier-240326016318686/