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Marx et la poupée de Maryam Madjidi chez Héliotrope


Maryam Madjidi, franco-iranienne, est l’écrivaine qui a remporté le prix Goncourt du premier roman en 2017. À première vue, pourtant, Marx et la poupée a l’air de tout sauf d’un roman. Suite de tableaux réalistes ou récits autobiographiques, récit d’autofiction en quête de l’identité, miscellanée d’instantanés et de poèmes en prose, recueil de nouvelles, mais roman ? Alors c’est un roman à la forme et à la facture franchement originale qui peut, voire qui doit se lire lentement et à bâtons rompus. Le seul fil conducteur qui unit tous les « chapitres » qui le composent est celui des personnages : l’écrivaine enfant et adulte, la mère, le père, quelques parents et amis morts en détention ou torturés. Car il faut savoir que Maryam Madjidi est née en Iran en 1980, au tout début de la révolution islamique inspirée par l’ayatollah Khomeini.

 

Dans son livre, Madjidi évoque le déracinement et les autres tourments qui assaillent les exilés, ainsi que le rapport à la langue natale (le persan et non l’arabe, rappelons-le), sans oublier le poids et la fascination d’une culture pluriséculaire, celle de la civilisation perse, qui englobe les Mèdes, les Perses, les Parthes, les Sassanides, jusqu’aux imams barbus qui accablent l’Iran de leur islam de fer depuis près de quarante ans. Voilà quand même qui nous distrait agréablement de nos débats et diatribes de pouvoir et de sexe de #Me too, #Moi non plus, La Meute, les voyages du premier ministre Justin 1er et tutti quanti. Or, malgré le legs impressionnant de cette langue et de cette culture, Marx et la poupée se révèle à la lecture un livre agréable et accessible, d’un humour fin et d’une poésie discrète et profondément ancrée dans la souffrance et l’espérance humaines.