Au Whale Interpretive Centre de Telegraph Cove en Colombie-Britannique, les épaulards sont au cœur des discussions entre visiteurs et naturalistes. Il y a tant à dire sur la vie complexe de ces cétacés fascinants et vulnérables. Ce texte en présente brièvement quelques faits saillants.

 Difficile d’identifier la source de la passion fort répandue pour ces grands dauphins à la robe noire et blanche. Est-ce leur intelligence hors du commun ? Leur capacité de ressentir des émotions de la même façon que les humains ? Leur apparence physique particulièrement agréable à l’œil ? Est-ce un résultat de la médiatisation intensive de ces animaux ? Sans doute une combinaison de ces facteurs.

Une multitude de types d’épaulards

L’estimation globale d’épaulards s’élève à plus de 50 000 individus. Ceux-ci sont divisés en dix écotypes ; les différences physiques sont plutôt subtiles, mais ils sont génétiquement séparés les uns des autres : ainsi, il n’y a pas de reproduction entre écotypes et chacun a son propre dialecte. Chacun d’entre eux se retrouve dans un territoire donné et préconise des stratégies de chasse en particulier, qui sont en fonction de son alimentation. Les épaulards Bigg’s, par exemple (qui consomment d’autres mammifères marins), ont divergé des autres écotypes il y a plus de 700 000 ans ; la communauté scientifique souhaite en faire officiellement une espèce à part éventuellement.

Trois écotypes en Colombie-Britannique

Ici, nous avons la chance d’observer trois différents écotypes d’orques : les résidants (du nord et du sud, qui forment ainsi deux populations distinctes), les Bigg’s (anciennement connus sous le nom de « nomades ») et les océaniques.

Les épaulards résidants ne sont pas « résidants » à proprement parler ; ils sont présents entre juillet et septembre et repartent vers le large. Les résidants consomment du poisson uniquement ; plus spécifiquement, ils préfèrent le saumon chinook, particulièrement large et élevé en gras. Puisque le poisson n’est pas acoustiquement sensible, les épaulards résidants vocalisent énormément et n’ont pas à craindre d’effrayer leurs proies. La population du sud, près de Victoria, est en danger ; il ne reste que 75 individus et le manque de nourriture, le trafic maritime et la pollution causent un déclin rapide. La population du nord de l’île de Vancouver compte 309 animaux, et se porte relativement bien.

Les épaulards océaniques sont peu connus, car, comme leur nom le suggère, ils vivent surtout au large, là où il est moins aisé pour les chercheurs de les étudier. On a découvert cet écotype en examinant la denture de quelques carcasses retrouvées : chez les individus matures, les dents sont usées jusqu’aux gencives… car ils s’alimentent surtout de requins, qui ont une peau très abrasive.

 Une structure sociale stricte

Chez les épaulards résidants du nord, les 309 individus sont divisés en trois clans acoustiques (A, G et R). Chacun a son propre dialecte, et c’est grâce à ces indices acoustiques que les membres d’un même clan se reconnaissent et évitent la consanguinité. Tout comme les éléphants, ils vivent en unités matriarcales et la plus vieille femelle est la chef de la famille. Ces groupes matriarcaux peuvent contenir jusqu’à quatre générations. Les membres d’une même famille ne se quitteront jamais, et les nouveau-nés restent avec leur mère. Les pères ne connaissent pas leurs jeunes, l’accouplement étant bref et les épaulards étant polygames. Fait amusant, les mères s’occupent de leurs fils toute leur vie… ainsi, un mâle de 35 ans continue de se faire nourrir par sa mère!

La longévité chez les épaulards est inégale. Les femelles peuvent vivre entre 80 et 100 ans, tandis que les mâles sont chanceux s’ils atteignent 45 ans. Cet écart est principalement dû aux toxines qui s’accumulent dans le gras des orques, et les femelles ont l’opportunité de se débarrasser d’une partie de leurs toxines via le lait maternel, chose qu’évidemment, les mâles ne peuvent pas faire.

En espérant que ce texte vous aura appris quelque chose sur ces cétacés captivants !

 

 

Une femelle de la famille A42, qui fait partie de la population résidente du nord.