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Une allergie acquise à la viande rouge transmise par piqûre de tique, cela est possible?

Connue en Europe et en Australie, ce phénomène nouveau et surprenant est émergent en Amérique du Nord. Il s’agit en fait d’une réaction croisée envers une molécule de sucre présente dans la salive d’une tique spécifique et aussi dans la viande rouge/abats.

La tique responsable de cette allergie acquise se nomme Amblyomma americanum. Normalement, cette espèce niche au Mexique et aux États-Unis, se distribuant le long de la côte Est et vers le milieu de l’État américain. Toutefois, récemment un foyer inusuel a été détecté au Québec, plus précisément dans nos maritimes : Labrador (Terre-Neuve). Donc, cette tique ne semble pas uniquement remonter progressivement le parcours géographique normal des autres tiques par le Sud, elle s’impose au Québec par la voie des Maritimes. Il est difficile de comprendre ce qui a pu favoriser ce phénomène. Est-ce la migration des oiseaux sauvages? Les voyages outre-mer ou au-delà de nos frontières accompagnés de nos animaux? Quoi qu’il en soit, une fois implantée, elle s’établira dans nos climats et il sera alors impossible de revenir en arrière.

Cette tique est un vecteur connu de la maladie de Lyme et de l’Erlichiose. Elle a aussi la capacité comme toutes les autres tiques, de favoriser une allergie aux molécules composant sa salive. Au-delà de cela, ce qui la différencie et la rend plus préoccupante que les autres est la présence d’un sucre nommé l’alpha-gal dans sa salive qui provoque une réaction allergique croisée particulière à la viande rouge/abats. Évidemment, pour développer cette réaction, l’humain doit avoir été préalablement exposé à ce sucre via une piqure de cette tique. L’immunité de l’hôte piqué se sensibilisera ainsi à ce sucre plutôt banal mais qui, dans le cadre d’une morsure de tique, est considéré par erreur hautement menaçant. Par la suite, l’hôte sensibilisé qui a développé des IgE spécifiquement pour ce sucre attendra sagement la nouvelle venue de cette molécule dans le système. Lorsqu’elle se représentera dans les intestins via un repas carné, le système immunitaire y réagira vivement en déclenchant la cascade inflammatoire. La réaction sera violente, rapide et persistante. Des signes cutanés (urticaire, rougeurs, démangeaisons), digestifs (brûlures dans la bouche, diarrhée) et respiratoires (anaphylaxie) peuvent s’en suivre. C’est une réaction grave qui nécessite une hospitalisation.
Le problème dans tout cela demeure notre incertitude quant à l’exposition potentielle à ce sucre. Comment être convaincu hors de tout doute que nous n’y sommes pas sensibilisés? À mesure que cette tique prendra d’assaut nos territoires, le risque grandira. C’est pour cette raison que la prévention par vermifuge de vos animaux de compagnie demeure la manière la plus efficace de vous prémunir contre un éventuel contact avec cette tique. N’hésitez pas à en jaser avec vous, afin de vous procurez un bon médicament préventif pour votre animal, mais aussi indirectement pour vous.

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