Variations ludiques sur une beauté naturelle

Il est coutumier pour les villes, municipalités et villages de se définir un logo, assorti d’une devise, pour cerner leur identité, leur environnement, voire leurs aspirations et ambitions. Saint-Hippolyte ne fait pas exception à cette réalité.

 Les agglomérations situées en milieu rural s’attachent surtout à souligner l’aspect naturel de leur localisation dans le milieu. Ainsi à Prévost, on y est accueilli Naturellement. Sainte-Anne-des-Lacs se présente comme La nature à l’état pur. Saint-Colomban se positionne comme La nature habitée. Et Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson n’hésite pas à sous-titrer son plan de développement décennal en cours La nature au service de la famille.

 Dans notre municipalité, on nous invitait, jusqu’à peu, par la formule Prenez votre air naturel. On pouvait/devait comprendre que l’on gardait son air naturel dans cet environnement où la nature règne en maître(sse). Il était possible aussi d’y lire que l’air que vous y respiriez était naturel, exempt de la pollution urbaine, par exemple.

 Le nouveau slogan BELLE NATURELLE nous laisse quelque peu perplexe, et il se prête à certaines interrogations. Engageons-nous, si vous le permettez, dans une analyse sans prétention, sur un ton badin et plutôt amusant. À première vue, ou à première ouïe, on s’entend que l’intention de ces deux mots accolés est de signifier que notre municipalité est belle et qu’elle est naturelle. Jusqu’ici, tout semble bien aller, si l’on excepte le fait qu’une municipalité est un concept référant à une entité territoriale et administrative qu’on ne saurait normalement qualifier de belle et naturelle. Mais ne soyons pas trop tatillons et sourcilleux. Et acceptons que, par extension métaphorique, le terme de municipalité englobe aussi l’environnement où celle-ci est localisée, lequel environnement est constitué de la forêt, des collines, des lacs. Réjouissons-nous, l’honneur est sauf! Sauf que, si on sous-entend que c’est l’environnement, les adjectifs devraient être au masculin. BEAU NATUREL. Ça ne sonne pas aussi bien qu’au féminin, n’est-ce pas! Bon, passons…

L’affaire n’est pas close. À quel genre de termes avons-nous affaire? S’agit-il d’un substantif et d’un adjectif, ou l’inverse? Nous aurions alors une belle, une beauté qui est naturelle. Ou bien, pour l’inverse, une naturelle (dont le sens vieilli désignait une personne, ou pourquoi pas une entité municipale originaire d’un lieu particulier), et cette naturelle serait belle, bien sûr.

 Mais il se pourrait également que les deux termes soient deux adjectifs alignés en succession linéaire. Je n’ai pas fait de recherche sur la genèse et l’explication justificative du choix de la devise, mais je serais plutôt en faveur de l’hypothèse biadjectivale. Supposons qu’il en soit ainsi. En pareil cas, et on m’accusera d’être pointilleux, il faudrait/aurait fallu mettre une virgule entre les deux mots. Car on n’enchaîne pas les qualificatifs sans les séparer par une virgule ou les relier par un agent de liaison et. Nous aurions donc une nouvelle devise qui aurait cette allure: BELLE, NATURELLE ou BELLE ET NATURELLE ou pourquoi pas BELLE DE NATURE

 Sans vouloir ponctuer le raisonnement d’envolées lyriques, il convient de bien ponctuer notre écriture. Nous y reviendrons dans une chronique prochaine.