Woodstock, 50 ans plus tard


Les deux pieds dans l’eau du beau lac de l’Achigan, je me souviens…

 

Avec Robert et Francine, nous étions arrivés sur les lieux, à Woodstock, dans la campagne de l’état de New York, grâce à ma fameuse Volks peinturée en jaune écarlate. Le spectacle devait commencer le 15 et se terminer le 17 août 1969. Déjà, les barrières pour les ventes de billets étaient abolies. Tant de monde. Le vendredi soir, la musique commença et les musiciens jouèrent presque sans arrêt jusqu’au lundi matin.

 

Joe Cocker et Jimi Hendrix

Nous étions assis devant la scène à 15 mètres environ. De beaux moments. Nous sortions pour aller manger, se baigner, dormir un peu, s’amuser… Deux jours de belle musique, de contacts joyeux, la vie était belle. Les faits marquants pour moi, Joe Cocker au petit matin du samedi, dans l’eau de pluie et la boue rouge et Jimi Hendrix, qui devait clore le spectacle le dimanche soir, mais puisque chaque groupe avait eu droit à deux rappels, Hendrix arriva le lundi matin. Quelle fin!

 

Le samedi après-midi, les hélicoptères de l’armée avaient lancé des petits sacs de nourriture. Tous fraternisaient. Les policiers nous expliquaient qu’ils ne pouvaient plus partir, car les remplaçants étaient bloqués. Trop de monde partout. Aucune violence.

 

La guerre du Vietnam

Je suis peut-être nostalgique, mais la vie était belle pour nous les jeunes Canadiens. Nous n’étions pas obligés d’être enrôlés de force dans la guerre du Vietnam. Country Joe and the Fish le chantait à Woodstock, une chanson qui est presque devenue l’hymne de rassemblement contre la guerre :

One, two, three, four,

What are we fighting for ?

I don’t give a damn,

Next stop is Vietnam.

Open up the pearly gates, (les portes du ciel)

We’re all gonna die.

 

Mon ami Paul, un draft dodger, que nous hébergions dans notre logement du Carré Saint-Louis, ne voulait pas revenir aux États-Unis, où il aurait fait de la prison parce qu’il avait fui la conscription. Plus de 50 000 jeunes Américains sont morts au Vietnam, dans une guerre inutile.

 

Cet été là, en juin, nous avions participé au Festival de folklore de Newport, puis à celui d’Atlantic City. La musique, la joie de vivre étaient partout dans l’air. L’avenir nous semblait radieux. Le déficit gouvernemental n’existait pas. Pas de dettes à remettre comme les jeunes actuels. Nous les boomers commencions à asseoir notre pouvoir. Toute la société était à nos pieds. Nous rejetions allégrement toutes les traditions, le « bébé avec l’eau du bain », comme le dit Jacques Grand’Maison.

 

Un temps nouveau

L’avenir ne nous effrayait pas. C’était le début d’un temps nouveau comme le chantait Renée Claude.

 

Au collège devenu cégep, peu avait changé. Nous étions encore pensionnaires, sans travailler pendant l’année scolaire. Ce sont les mêmes profs qui enseignaient la même matière en philo et en français comme au collège classique. L’influence des étudiants du programme technique dans les classes commençait à se faire sentir. L’influence de l’église disparaissait peu à peu. Les étudiants étudiaient et les travailleurs travaillaient. Les spécialistes en pédagogie n’avaient pas encore mis la main sur les collèges, pour les modifier en profondeur.

 

Question de pot

Malheureusement, tout n’est pas parfait. Mon ami Robert qui était un gars très intelligent et qui se dirigeait vers la médecine, comme son père, fumait beaucoup de pot. Au retour de Woodstock, il fit partie d’une secte religieuse. Je l’ai revu 10 ans plus tard, le cerveau lavé. De nos jours, il vit en ermite dans le bois en Colombie-Britannique. Nous avions passé des heures à discuter, en nous posant la fameuse question : « est-ce que le pot rend plus intelligent ? » À 70 ans, avec l’expérience de la vie, après avoir vu de loin des personnes fumer quotidiennement, j’avoue que non et je conseillerais à mes petits-enfants, s’ils me demandent mon avis, de ne pas essayer.

Loyola Leroux (collaboration spéciale)