Les événements récents attirent notre attention sur les problèmes de nos concitoyens du Grand-Nord. Je suggère pour mieux les comprendre de lire un grand roman Agaguk d’Yves Thériault « de sang partiellement montagnais ». Ce livre a été publié la première fois en 1958. Un film et une BD racontent ce roman qui a été traduit en une quinzaine de langues. Agaguk constituait une lecture obligatoire pour tous les élèves de la Polyvalente de Saint-Jérôme dans les années 1970.

 

Louis Cornellier, chroniqueur littéraire du Devoir, commentait récemment les textes de Thériault : « Ce style époustouflant (nous fait connaitre) une condition humaine sous haute tension (et constitue) une exploration des grandes passions. Nous avons eu, dans nos lettres, un tel auteur et nous ne le savons presque plus ? C’est une faute, je trouve, pour une petite nation comme le Québec, de ne pas assez chérir ses véritables grands créateurs. Il est l’un des plus grands stylistes de la littérature québécoise ».

 

Un peu d’histoire

Pour bien comprendre la mentalité des Inuits, il faut faire un bref rappel des périodes de l’humanité. Vers 10,000 av. J.-C. se termine la préhistoire avec le passage du nomadisme à la sédentarisation. Apparaissent l’agriculture, l’élevage, l’écriture, l’augmentation de la population, la création des premières villes, etc. Toutes ces nouveautés nous menèrent à L’histoire commence à Sumer de S.M. Kramer, avec le premier code de lois, celui d’Hammourabi et le premier récit écrit L’épopée de Gilgamesh. C’est le début de la civilisation. Le roman Agaguk se situe à cette époque de grandes transformations dans la vie des peuples du Grand-Nord.

 

Aujourd’hui l’Inuk qui a 80 ans, est né dans un igloo dans un clan de nomades. Par la suite, il a connu le fusil et la motoneige, et maintenant ses petits enfants qui naviguent sur Internet. Il doit intégrer en une vie, tous les changements que nous, les Occidentaux, avons vécus en 10,000 ans. Avouons que cela peut être déstabilisant! J’ai travaillé dans un Centre Jeunesse anglophone avec de jeunes Inuits et je peux vous assurer que leur manière de vivre est différente de la nôtre et qu’il faut bien les écouter pour les comprendre et les aider.

L’aspect documentaire

Dans le roman, les blancs anglophones sont présentés comme des exploiteurs dont il faut se méfier, même le pasteur, qui critique leur mode de vie traditionnel est tenu à l’écart. Thériault s’est fait le romancier des minorités ethniques canadiennes, comme Jules Verne un siècle plus tôt, défendait les nations colonisées comme les francophones du Canada dans son roman Famille sans nom, sur les patriotes de 1837-38. Thériault vise à mieux nous faire comprendre les modes de vie qui disparaissent, dans ses grands romans comme Aaron, sur la communauté juive montréalaise, Agaguk, sur le monde des Inuits, Ashini sur les Amérindiens et Kesten sur les Scandinaves. L’aspect documentaire est au même niveau supérieur que Pour la suite du monde de Brault et Perrault sur les traditions de pêche qui se perdent à l’Isle-aux-Coudres. Willie Cooper, un Inuk, a écrit Souvenirs d’un Kuujjuamiuq (1989). Yves Thériault possède une grande facilité pour nous faire connaitre ces mentalités. Il informe avant tout sur le mode de vie de ses personnages pour mieux nous les faire comprendre.

 

Thériault, Yves, Agaguk, Longueuil, Éditions Le Dernier Havre, 2006.