Au fil du temps … les saisons – l’automne

Au moment d’écrire cette chronique, la saison qu’on appelle automne tire à sa fin, à l’échelle du calendrier du moins, même si elle a plutôt un air d’hiver depuis plus d’un mois.  Quoi qu’il en soit, nous avons assurément eu droit en octobre au déploiement du coloris automnal.  Formellement la saison s’étale entre la fin septembre et la fin décembre.  Elle est sans contredit le prélude à l’hiver qui, ces deux dernières années, s’est installée avec son manteau blanc début novembre.

 

L’origine lointaine du mot automne reste ambiguë.  L’hypothèse étrusque, modelée par le latin augere (auctus, auctumnus) pour augmenter, peut-être aussi inspirée du grec opora signifiant après-été.  Le grec moderne le désigne comme metoporon, au-delà de l’opora, succédant en quelque sorte à l’après-été.  Dans la prononciation, le m s’efface en faveur du n et l’on entend otonne, tout comme automnal s’entendra otonnal, malgré qu’il m’en souvienne, au printemps de ma vie, on conservait sa valeur au m et l’on disait volontiers automnal (otomnal).

 

Au figuré, chez l’humain, l’automne renvoie à la période de maturité, préfigurant déjà un peu le déclin.  Il fait dire à l’historien français Jules Michelet dans son Journal

« Cette belle saison, dans sa maturité, me fait faire un retour sur moi-même. 

Quoique jeune encore, je penche vers mon automne. »

Et Baudelaire, dans Les Fleurs du mal, de constater amèrement la décadence en reconnaissant avoir … touché l’automne des idées.

 

L’automne a été célébré maintes fois, mais souvent décrié comme l’étiolement des beaux jours et l’annonciateur de la froidure imminente.  Dans les années cinquante, la chanson d’Yves Montand Les feuilles mortes, qui se ramassent à la pelle, sur un poème de Jacques Prévert, est empreinte de nostalgie et de regrets.  Le passage introductif du poème de Verlaine Chanson d’automne va comme suit

« Les sanglots longs des violons de l’automne

Blessent mon cœur d’une langueur monotone. »

À la veille du Débarquement en Normandie, Radio Londres, émanant de la BBC, s’en est servi pour confirmer à un segment de la Résistance française la consigne d’effectuer un sabotage intensif des voies ferrées.  Le mot blessent avait été remplacée par bercent, vraisemblablement sous l’influence d’une chanson de Trenet, quelques années auparavant.  Contrairement à la croyance populaire, le leitmotiv ne s’adressait pas à l’ensemble de la Résistance pour annoncer l’opération Overlord, mais la confusion n’atténue en rien la beauté et la portée du texte.

 

L’automne a suscité chez une variété de personnes des réflexions plus ou moins profondes.  Selon Georg Christoph Lichtenberg, artiste, écrivain philosophe allemand de la deuxième moitié du 18ième  siècle, l’automne raconte à la terre les feuilles qu’elle a prêtées à l’été.  Pour Toulouse-Lautrec, artiste polyvalent de la fin du 19ième siècle, l’automne est le printemps de l’hiver.  Pour la jeune archéologue en Sorbonne contemporaine, Céline Bonneau, triste est l’automne pour celui qui ne sait l’égayer.  Dans un coup d’œil humoristique, la personnalité médiatique française Patrick Sébastien nous confie qu’à l’automne les arbres font des stripteases pour faire pousser les champignons.   Pour George Sand, dans un élan associant poésie et musique, l’automne est un andante mélancolique et gracieux qui prépare admirablement le solennel adagio de l’hiver.

 

Deux citations du côté de chez nous, pour conclure.  Dans son recueil Et les feuilles tombent, Flor des Dunes (nom de plume de Caroline Fortin), poétesse canadienne-française chevauchant 19ième et 20ième siècles, s’attriste que

« À l’automne des saisons, ce sont les feuilles qui meurent,

À l’automne de la vie, ce sont nos souvenirs ».

Plus prosaïque et moins mélancolique, Félix-Antoine Savard, prêtre écrivain folkloriste disparu en 1982, suggère plutôt que l’automne est une saison sage et de bon conseil.

 

Sur cette note un peu plus optimiste, je vous donne rendez-vous le mois prochain pour… l’hiver !

 

Communiquez avec moi par courriel gdesbiens@journal-le-sentier.ca ou sur le site Facebook du journal Le Sentier pour nous faire part de vos commentaires, ou de suggestions de sujets/thèmes à traiter.  https://www.facebook.com/Journal-Le-Sentier-24032601631868