Au fil du temps… les saisons – l’été

On est plus proche du dernier que du prochain, vous aurez compris que je parle de l’été, la plus chaude des quatre saisons de la Terre. C’est quand il nous a quittés et que le sol est blanc comme un drap qu’il nous manque un peu plus, d’autant plus qu’il fut plutôt… ordinaire, cette année.

 

Issu du latin aestas, aestatis, le terme été a évolué au Moyen âge, on disait et écrivait ested ou estet. Le mot latin aestas est féminin. On suppose que le masculin en français s’est imposé sous l’empire mâle des trois autres saisons, printemps, automne et hiver tous du masculin. L’appellation saison elle-même reste bien féminine.

 

L’été, formellement, s’inscrit entre solstice (d’été, tiens donc !) et équinoxe (automnal), un simple trimestre tout comme ses trois compagnes saisonnières. Côté calendrier, l’été s’étale du dernier tiers de juin jusqu’à la fin du deuxième tiers de septembre.

 

Les termes apparentés à été sont peu nombreux, on en recense seulement six. Et tous reflètent davantage leur source latine, alors que le mot été a été réduit à sa plus simple expression. On trouve d’abord estival, qui se rapporte à l’été. Plus d’un f…estival se qualifie d’estival, s’il se situe dans le créneau temporel de l’été. L’adjectif peut aussi s’appliquer à une tenue légère, chaleur oblige, à une activité de plein air ou sportive se déroulant à la saison chaude. Le duo estiver, estivage renvoie à la pratique de déplacer en été des troupeaux (ovins, bovins ou caprins) vers des pâturages en altitude, en montagne, qu’on appelle aussi estive ou alpage. On continue, sans doute plus en France, de désigner comme estivants les gens séjournant dans des lieux de villégiature en été. Un peu moins usité, le substantif estivation évoque l’engourdissement de certains animaux durant l’été, en opposition à son inverse hibernation.

 

La chaleur est le propre de l’été, ne nous en plaignons point, même lorsqu’elle prend, excessive, l’espace de quelques jours, une teinte caniculaire. Sachons l’apprécier, rappelons-le-nous en février ! L’été renvoie souvent à quelque chose de fugace, de passager. On parlera d’un amour d’été, brève idylle sans suite. Shakespeare en a fait le cadre d’une comédie légère, fantaisiste et onirique dans son œuvre Le songe d’une nuit d’été. Au figuré, l’été peut souligner la période de maturité dans la vie d’une personne. On pourrait dire de quelqu’un « à l’été de sa vie, il se retira dans la quiétude rurale laurentienne ».

 

Tous, nous connaissons l’expression l’été indien, ou l’été des Indiens, fort bien célébré dans une chanson nostalgique de Joe Dassin en 1975. Elle réfère à cette brève reprise de la chaleur, de trois jours ou plus d’affilée vers la mi-octobre généralement. C’est un peu comme le dernier sursaut de l’été, avant de s’engager dans la fraîcheur progressive de l’automne. On disait aussi autrefois l’été des Sauvages. En France, il y a une expression parallèle, l’été de la Saint-Martin, qui réfère à une remontée de la température aux alentours du 11 novembre (fête de saint Martin).

 

En 1971, le chanteur Georges Moustaki, né à Alexandrie et d’origine italo-grecque, nous offre une image merveilleuse dans sa chanson En Méditerranée, où il y a un bel été qui ne craint pas l’automne. Le texte se veut par ailleurs un hymne à la liberté et une condamnation de la violence et de l’autoritarisme. Je vous invite à prendre quelques minutes pour l’écouter. Et ce bel été ne sera pas troublé par les puissants vents étésiens qui soufflent du nord-ouest en Méditerranée orientale entre mai et septembre. Malgré l’apparente parenté lexicale et la coïncidence saisonnière, étésien ne dérive pas d’été, mais du grec etos pour année. Il s’agit de vents annuels, périodiques, qui viennent tempérer, rafraîchir quelque peu les hautes températures prévalant dans cette région à la même époque chaque année.

 

L’été a suscité chez bien des gens des commentaires humoristiques, des traits d’esprit. Ainsi, dans un clin d’œil sympathique à Louis XIV, Jacques Pater, acteur français, donne la parole à l’astre diurne L’été, c’est moi, s’écria le Soleil-Roi. Pour sa part, l’acteur humoriste américain Tim Harrod, ironisant sur le climat britannique, signale qu’en Angleterre, c’est facile de savoir si l’été est enfin là, la pluie devient plus chaude. Au dire d’Edgar Allan Poe, l’été, la nuit, les bruits sont en fête. L’écrivain Jules Renard suggère que l’été, pour l’aveugle, c’est peut-être seulement quand bourdonnent les mouches. Et pour Victor Hugo, l’été qui s’enfuit est comme un ami qui part.

 

Et pour les amateurs d’assonance, Damien Berrard, artiste musicien français contemporain, signale que les thés sans sucre, c’est un peu comme l’été sans soleil. Et dans la même veine, je conclurais que si la saison ne ment point, juillet et août nous auront donné le goût de l’été. Il est parfois couci-couça, toujours trop court, savourons-le donc à satiété ! À l’horizon, l’automne !

 

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