
C’est le 18 mars que l’originale pièce Flambant nue fut présentée au Théâtre Gilles-Vigneault. La salle bien remplie a ainsi démontré un bel intérêt pour tout ce qui touche la profondeur humaine. Avec ces quatre excellents interprètes, le texte s’est rendu jusqu’à nous avec précision, humour et finesse.
Grâce à l’écriture de Pierre-Michel Tremblay, on a pu être les témoins visuels des différents états d’âme exprimés par les personnages. À l’excellente distribution, on retrouve Les Éternels Pigistes, composé de Marie Charlebois, Christian Bégin, Isabelle Vincent et Pier Paquette. C’est depuis 1996 que cette troupe poursuit sa carrière. Avec cette production théâtrale, le tragique côtoie allègrement l’irrévérencieux sous la mise en scène de Cédrik Lapratte-Roy, qui est assisté de Amélie-Claude Riopel.
Les sentiments sans artifices
Le décor est épuré avec des blocs sur différents paliers où reposent des colonnes de néons qui s’allument au gré des situations. Les acteurs apparaissent habillés de vestons et pantalons aux teintes neutres et complémentaires. Ainsi, au fil de leurs allocutions, on réalise que la lumière est plus dirigée vers leur vocabulaire coloré et la complexité de leurs sentiments.
Réfléchir tout haut…
Tout au long de la représentation, on assiste à une sorte d’autopsie mentale. Sous un éclairage tamisé, chacun des protagonistes viendra s’asseoir sur un fauteuil afin de s’épancher auprès d’un psychologue, dont la présence n’est que vocale. C’est sous forme de différents tableaux où des portions de vie sont relatées que l’auditoire est mis en contexte. À la fin de chaque séance chez le thérapeute, les comédiens se regroupent afin de nous démontrer en paroles et en gestes l’impact de leurs questionnements. Voici un bref portrait pour chacun des clients en quête d’aide psychanalytique.
Marie explique qu’elle a un vertige existentiel et comme beaucoup de gens, son hamster mental est très actif. Elle mentionne même en avoir plusieurs qui tournent dans sa tête. Quand ladite consultation est terminée, les lumières s’allument et elle rejoint le trio et chacun porte une tête en forme de ce petit rongeur. Ils nous chantent une chanson et l’un d’entre eux nous dit « les humains nous ont pris comme le symbole de leur anxiété ».
Quant à Isabelle, elle se dit tannée de la polarisation et elle trouve un de ses collègues confrontant. Elle s’épanche avec ce qui se passe aux États-Unis en confiant « les extrémistes me font peur. Faut-il devenir monstrueux pour combattre les monstres? ». Suite à cela, le quatuor apparaît avec des tuques afin de revendiquer un monde avec de bonnes valeurs aux générations futures, tout en prônant le végétarisme.
Pour Pier la question des stationnements est un enjeu. Il n’est pas contre la construction de parcs, mais il faut pouvoir se stationner selon lui. Il disserte sur le sujet avec les droits des manifestants. De plus, il se justifie de ne pas avoir vu l’éclipse solaire, car il regarde beaucoup les séries à la télévision. Il en est accro et il confond réalité et fiction. Les acteurs enchaînent en personnifiant des rôles de médecin, d’avocat ou de policier reliés à des extraits d’intrigues télévisuelles.
Christian tente de comprendre son insomnie en avouant « j’ai peur de vieillir seul, depuis le décès de mon chien ». Lors de son échange, il focalise sur son ami poilu et il poursuit en disant « je me sens comme sans frontières. Plus je vieillis, plus on m’oublie, comme si mon âme était flambant nue dans l’univers ». Ses compagnons viennent le rejoindre et coiffés de chapeaux festifs, ils lui chantent Bonne fête, lui démontrant qu’il est bien entouré.
Ne pas fuir, mais ressentir…
C’est un peu et beaucoup l’idée de cette création originale. Cela nous fait parfois rire, mais on se questionne aussi sur la nature humaine. Les thèmes sont exploités avec justesse sans faux-fuyants par ces excellents professionnels de l’interprétation. Ils concluent la soirée en affirmant à l’unisson « Je suis une cellule de l’univers flambant nue ». Une ovation bien ressentie leur est offerte. Lucie Tremblay, médiatrice culturelle au TGV, invite le public à participer à une causerie avec les comédiens. Ces derniers répondent avec générosité aux questions ou commentaires suite à leur prestation. De sorte que Flambant nue continue d’interpeller notre curiosité même quand le rideau tombe.
Pour infos :theatregillesvigneault.com
Photo : gracieuseté

