Les sculptures de Clode Pilote sont exposées dans la salle multifonctionnelle de la bibliothèque jusqu’au 16 septembre. L’artiste dévoile un ensemble d’êtres hétéroclites et d’animaux préhistoriques. Il présente aussi des œuvres plus abstraites dans lesquelles il joue avec les pleins et les vides.
Clode a fait ses débuts artistiques en créant des pièces d’art rebut (junk art). Il raconte qu’à cette époque, il fréquentait les cours à scrap pour récupérer des pare-chocs. « À ce moment-là, les autos avaient toutes des pare-chocs en chrome. Ils étaient beaux et avaient des belles formes. Le lustré qu’ils dégageaient m’a permis de faire des sculptures incroyables. » L’avènement des pare-chocs en plastique l’a amené à se tourner vers autre chose.
Matériaux et techniques
« Je colle, je soude, je sable, je lamine – je suis un spécialiste du laminage – je rajoute, je découpe, je rajoute encore pour arriver à obtenir de la profondeur. Tout ça prend beaucoup de temps. » Clode utilise des matériaux aussi variés que le métal, la pierre, le bois, le ciment, la styromousse et le polymère, mais aussi des objets divers comme des morceaux de plomberie. Il peut n’utiliser qu’un seul matériau, mais il assemble aussi des pièces mixtes. Les revêtements peuvent être aussi inusités que de la peinture automobile ou du crépi.
Les travailler présente différents défis. Par exemple, la stéatite est une pierre tendre qui peut se briser assez facilement. D’autant plus, comme le fait Clode, quand on ne sculpte pas que l’extérieur de la pierre, mais qu’on y fait des trouées, « il faut y aller délicatement, commente-t-il, quasiment avec le bout des doigts ». Par ailleurs, il a concocté un enduit pour recouvrir la styromousse, qui le rend moins friable à travailler.
« Mon travail artistique me demande d’être un inventeur. J’invente des techniques et de nouveaux produits. » Il a, entre autres, créé des sculptures murales avec du métal en feuilles représentant des masques et des animaux imaginaires. Il a sciemment généré des bulles de gaz sur la surface. En général, ces bulles sont considérées comme des défauts de soudure. Lui, il en a fait des parures. « L’idée, c’est toujours de faire une forme qui amène le spectateur à se demander ce que c’est. Qu’il ne reste pas indifférent devant l’œuvre, que ça crée un intérêt chez lui. » Les titres qu’il a choisis ont également pour but de susciter une interrogation. Il souhaite « semer la surprise ». Autre élément très utile sur l’affichette de l’œuvre, l’énumération des matières qui la composent.
De l’origine à la conclusion
L’origine de plusieurs des matériaux qu’il a utilisés est digne d’être racontée. Il a récupéré un orme de seize pieds à Montréal. Le maire Drapeau en avait fait couper un bon nombre, car ils étaient malades. Il en a fait don aux sculpteurs. Clode en a tiré deux imposantes sculptures de huit pieds. Il s’est procuré de la stéatite bien particulière à Thetford Mines. Alors que cette pierre est généralement grise, il a mis la main sur un filon de stéatite brune. Il y a aussi cette anecdote digne d’un Saguenéen : « On avait un chalet au bord du fjord, dans une partie vraiment escarpée. Mon frère est bûcheron. Il a coupé une grosse pièce de pin et l’a tirée en-bas dans le fjord. On l’a traînée avec un bateau jusqu’à la grève. Puis, on l’a tirée en haut avec un cheval. De là, on l’a trimballée jusqu’à Montréal. »
Les matériaux ont voyagé avant d’arriver à lui et ont continué leur voyage après leur transformation. L’une d’elles a vagabondé jusqu’à Hong Kong. « Mes sculptures ne sont pas juste des objets immobiles. Quelques-unes ont eu des vies particulières. Pour moi, c’est intéressant de raconter leurs histoires. Elles en font des œuvres symboliques. » L’une des plus cocasses est celle-ci : une sculpture en forme d’une paire de fesses a été volée lors d’une exposition. Elle pesait 200 lb. Elle a été retrouvée au bout d’un mois sur la galerie d’un presbytère. Claude sourit. « Probablement un mauvais tour de jeunes gens qui voulaient agacer le curé! »
Toujours et encore
« Ce que j’aimerais au sujet de mon travail artistique? C’est toujours un peu axé sur tout ce que je n’ai pas fait, que j’aimerais faire. J’ai des tas de croquis, j’en ai des milliers. J’aimerais ça vivre encore bien longtemps pour pouvoir les faire, mais c’est un peu utopique. Ce que j’ai déjà réalisé, c’est la parcelle de la parcelle de ce que j’ai imaginé pouvoir créer. Ça n’a pas de limite. Je me couche et j’imagine une sculpture, puis une autre. Chacune d’elles débouche sur une dizaine d’autres que j’aimerais aussi créer. Ça n’a jamais de fin. Ce n’est pas reposant! », me confie Clode Pilote qui, à 81 ans, travaille encore 10 heures par jour dans son atelier. « Oui, je suis un hyperactif », admet-il.
Les photos sont de Lyne Boulet








