
Faut pas croire tout ce qu’on lit sur Internet. L’idée de la « fausse nouvelle » est répandue désormais, autant que les créations de gens débordant d’imagination qui nous concoctent des vidéos et des images inventées de toute pièce. Trônant au sommet de l’imagination humaine : l’extraordinaire participation de l’intelligence artificielle. Celle-ci réalise tous les fantasmes et ose même prétendre « créer », alors qu’il n’en est rien.
Mes enfants ont rapidement eu l’intérêt de savoir si les vidéos qu’ils regardaient étaient réelles ou générées par l’IA. Cette perspicacité me rassure. Déjà, lorsqu’ils voient un mégalodon sortir d’un glacier comme si un touriste à bord du bateau était en train de le filmer, ils s’exclament « c’est pas vrai! Ça se peut pas! ». Alors je pousse un soupir de soulagement. Ils apprennent ainsi à analyser le sujet (un mégalodon? Impossible!), puis à scruter l’image; les ombres, les contours des objets, les textures, la position des mains… Souvent, les défauts leur apportent la réponse : c’est de l’IA.
L’IA amalgame ce qui a déjà été fait
Mais, je dois admettre que beaucoup de vidéos ou photos sont très réussis. On comprend tout de suite que certaines professions en cinéma, en photographie, en graphisme, en design, seront menacées dans les prochaines années, parce que le consommateur ne cherche pas toujours l’original, l’œuvre pure, et se contente trop souvent de répliques. C’est ce que fait l’IA dans le monde de l’art. Il amalgame ce qui a déjà été fait et arrive avec une proposition correspondant à ce qu’on lui a demandé. Il va chercher des éléments dans d’innombrables bases de données et les assemble. Parfois, c’est assez sympathique. J’aime le fait qu’elle mette en action ce que telle ou telle idée donnerait… Elle nous montre comme une ébauche, un aperçu.
Cependant, le danger, c’est que si nous nous contentons de cet aperçu, que nous l’acceptions comme produit final, nous nous attribuons alors la paternité d’un produit alors qu’il n’en est rien. Le respect du droit d’auteur n’est pas simple quand l’IA s’en mêle; il faudra bien qu’un jour, nous décortiquions ces enjeux.
Dans un tout autre ordre d’idée
L’Internet présente aussi, sur les médias sociaux, du matériel authentique qui provient de partout à travers le monde. Si l’exercice de connaître les us et coutumes d’autres pays est autant passionnant qu’inspirant, attention à ne pas tomber dans les pièges. Un exemple assez éloquent, directement relié à mon métier : la présentation des buffets. On voit régulièrement des vidéos de réception où on présente de somptueux plateaux de fruits, décorés au centre, avec une pastèque sculptée en forme de drakkar viking ou de montgolfière… Des plateaux de charcuteries et de fromages sur trois étages avec lumières intégrées… etc, etc.
Ma-gni-fique! Mais avez-vous la moindre idée combien ça coûte des trucs pareils? Ce sont, la plupart du temps, lors de réceptions de gens très riches ou d’événements qui ont lieu dans de grands hôtels, un peu comme les visites guidées des demeures somptueuses de millionnaires. On s’en inspire, on rêve, mais on sait très bien qu’on ne peut pas se les permettre. Quand vous voyez que, dans la chambre à coucher, il y a une cascade d’eau claire, un magnolia en fleur et que la porte patio est grande ouverte sur la mer, vous le savez : dans votre bungalow, impossible de reproduire ce modèle. Vous ne demanderez pas, alors, une telle extravagance à votre designer d’intérieur.
Côté bouffe, c’est pareil
Une tour de fraises garnie de boutons de rose comestibles et enrubannée de sucre filé? Ça se fait! Sur un socle en nougatine qui tourne? Pas de problème! Entouré de petits gâteaux aux amandes? Bonne idée! C’est combien votre budget ? Idem pour les plateaux de fromages. C’est dispendieux, du fromage. Qu’il soit québécois ou importé. Les magnifiques présentations que l’on retrouve sur les médias sociaux peuvent être réalisées par la plupart des traiteurs. Mais le prix dudit plateau vous surprendra. Si bien que vous finirez peut-être par le faire vous-même, inspiré(e) par vos recherches Pinterest. Mon Dieu! Pinterest… je pourrais y passer toute ma vie ! C’est un plaisir coupable, je l’avoue. Ça remplace un après-midi dans une librairie à feuilleter des dizaines de magazines. C’est quand même dommage.…
Je trouve des idées
Tout ça pour dire qu’à l’écran de mon ordinateur, en quelques clics, je trouve des idées, je me laisse guider par des courants, des modes, des tendances. Ensuite, je ferme tout, je prends mes pinceaux et mes toiles, ou je sors mes ingrédients et j’allume le four. Et là, la tête pleine d’images, je commence à créer. Quelque chose d’unique. En ressentant des émotions que jamais l’intelligence artificielle ne saura ressentir. Ça ne sera sans doute pas parfait, mais c’est moi qui l’aurai fait.

