On connaît tous la baie d’Hudson, les magasins La Baie qui ont tiré leur appellation du nom d’un explorateur du 17e siècle, Henry Hudson. Un fleuve coulant aux États-Unis et un détroit canadien portent aussi son nom. Si je m’attarde à vous raconter son histoire souvent mal connue, c’est que cette dernière m’a particulièrement marquée.
À la recherche du passage du Nord-Ouest : tel fut le principal défi de cet homme né en 1565 à Londres et probablement mort pendant l’été 1611. Si l’on peut connaître la date de sa naissance, nul ne peut, avec certitude, avancer la date de sa mort qui fut sûrement l’une des morts les plus tragiques et cruelles qu’ont connues certains grands explorateurs.
Ses explorations et découvertes
En 1607, il s’approcha à près de 577 milles marins du pôle, mais la glace interrompit son avancée. En 1608, il longea les côtes norvégiennes, mais sans plus de succès. Les glaces se montrèrent impitoyables et il dut rebrousser « chemin ». En 1609, il traversa l’Atlantique, atteignit Terre-Neuve et pendant quatre mois, il explora et cartographia la côte est des États-Unis jusqu’à l’île de Manhattan. En 1610, il navigua jusqu’au détroit aujourd’hui appelé Hudson, à l’extrémité nord du Labrador. Malheureusement, son bateau, le Discovery, fut encore bloqué par les glaces. L’équipage décida de passer l’hiver sur terre en attendant le printemps. Lorsque, quelques mois plus tard, les glaces se firent moins dangereuses, Hudson décida de continuer l’exploration, mais ses hommes ne l’entendirent pas ainsi.
La mutinerie
Il y eut mutinerie en juin 1611. Hudson, son fils John et les sept marins qui avaient décidé d’appuyer leur capitaine furent mis de force dans une chaloupe et abandonnés au milieu des eaux glaciales du Labrador. J’imagine Hudson et ses compagnons, tassés dans une minuscule chaloupe, regarder le Discovery s’éloigner d’eux, ne devenir qu’un petit point disparaissant peu à peu de cet univers de glaces.
On ne les revit jamais
J’imagine cette chaloupe dérivant doucement et lourdement vers la mort, tentant de contourner des glaces qui durent leur apparaître monstrueuses, essayant de lutter contre le froid et la faim, tentant de dormir sous un ciel étoilé, infiniment seuls, réalisant qu’ils ne se dirigeaient, non plus vers le passage du Nord-Ouest, mais vers un passage d’où l’on ne revient jamais. Maintenant, lorsque je vois sur une carte la baie d’Hudson, c’est une petite chaloupe perdue, éclairée par une lumière glaciale, une toute petite chaloupe tout en bois brisé et déchiré de partout où des hommes, éclairés par l’étoile Polaire, trouvèrent la mort, qui se dessine dans ma tête. Lorsqu’à la brunante, l’étoile Polaire apparaît dans le ciel, je ne peux m’empêcher d’imaginer qu’une minuscule chaloupe tout en bois lumineux y séjourne.
Hudson, un homme et son odyssée
Aucun des mutins ne fut puni pour la mort d’Hudson, de son fils et de ses compagnons de détresse, mais aucun des mutins ne continua à vivre dans une baie, un fleuve, un détroit ou même une chaîne de magasins. Dommage que ces magasins à rayons, si fréquentés, et ce, depuis si longtemps, sont maintenant choses du passé.



