Et me voici devant une page blanche qui devra s’animer, se colorer de mots, qui, je l’espère, plairont aux lecteurs du journal.

Tout ce qui est blanc peut quasi tout recevoir.

Ne dit-on pas que le blanc est la somme de toutes les couleurs?

La page blanche ressemble un peu à la neige.

Nous savons que sous la neige, la vie est au repos et que renaîtront au printemps tous les trésors qui sommeillent sous elle.

Les mots nourrissent la page blanche, et ce, depuis des siècles. Les mots ont un passé, une génétique qui existent bien avant nous.

Les mots nous offrent un monde infini. Lire, c’est se promener dans tant d’univers, et ce, même dans ceux qui ont existé bien avant nous, et même dans des mondes si éloignés que les mots ne ressemblent pas aux nôtres.

Les traducteurs ressemblent à des magiciens qui sortent de leur chapeau des mots magiques que nous pouvons comprendre. C’est ainsi qu’il est possible de voyager dans des mondes où nous n’aurions pu séjourner.

Et la page blanche se gorge des mots d’auteurs, de poètes, d’essayistes qui s’ouvrent à nous.

Les livres traduits en français d’auteurs de langues différentes, comme le russe ou le japonais, nous sensibilisent à des perceptions différentes de notre monde.

Tous les auteurs, autrices se sont d’abord retrouvés face à une page blanche et ils ont le désir et la volonté que les mots naissent, deviennent images, découvertes, ouvertures.

Adolescente, j’adorais la série des Sylvie, puis, un jour, j’ai osé prendre dans la bibliothèque de mon frère le roman Thérèse Desqueroux de François Mauriac. C’est ce livre, c’est Thérèse qui a ouvert tant de portes littéraires qui ont peuplé ma vie.

Je n’étais pas devant une page blanche, mais les mots de Mauriac m’ont donné l’immense désir de, moi aussi, peupler de mots la blancheur d’une page, d’explorer ceux de tant d’auteurs qu’il me serait impossible de tous les nommer.

Voilà, soudain, que la page blanche nous invite à témoigner de ce qu’il y a de plus profond en nous et autour de nous.

J’ai eu le bonheur d’enseigner pendant près de vingt au cégep de Saint-Jérôme, la richesse des mots et les étudiants se retrouvaient lors de leurs dissertations devant une page blanche qui leur apparaissait parfois comme aussi infinie que le ciel au-dessus d’eux.

Cette page blanche devait alors se peupler de leurs mots et donc cela serait, pour certains, l’amorce d’une richesse qui les habiterait toute leur vie!

Les pages blanches ne feraient plus partie de leur vie, mais seraient une porte ouverte vers d’autres mondes, et qui sait, peut-être auraient-ils le bonheur de les remplir de leurs mots.