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Isabelle Poulin : une vie basée sur le communautaire

Élevée à Bellefeuille, aux limites de Sainte-Anne-des-Lacs, Isabelle Poulin vit une enfance et une adolescence marquées par le sport, la natation. Du haut de ses huit ans, son horaire est rythmé par les entraînements et les compétitions qui l’amèneront à vivre les Jeux du Québec pour la délégation des Laurentides. Sport difficile et prenant, la jeune Isabelle en tire tous les bénéfices : réfléchir sans interférence sur des longueurs, dans le silence. Elle reconnaît, aujourd’hui, l’héritage de ce sport : la discipline, la rigueur, le sens de l’organisation du temps pour accomplir beaucoup de choses. Friande de la saison hivernale, elle s’initie à la planche à neige qu’elle pratique encore à ce jour. En ayant l’opportunité de travailler à la boutique, à la réparation et à la location au Mont Saint-Sauveur, elle y découvre le travail d’équipe, l’esprit de la montagne.

Un chef-d’œuvre littéraire, source d’une orientation de vie

Le secondaire terminé, Isabelle Poulin entame des études en soins infirmiers avec un réel désir d’aider autrui. À l’issue de son stage de première année, dans un contexte très traditionnel, elle réalise que l’idée que donner des soins, c’est une chose, prendre du temps à échanger avec la clientèle, c’est autre chose. Elle décide de mettre fin à ce parcours académique pour prendre son sac à dos, direction l’Europe! Elle y travaille à Annecy dans un camp de jour pendant l’été. Elle profite de l’occasion pour visiter Strasbourg et voir un ami en Suisse. Elle découvre Lausanne et Neuchâtel. Pendant ce séjour, elle lit l’emblématique œuvre littéraire de Paulo Coelho, L’Alchimiste. Du haut de ses 19 ans, elle décide ce qu’elle va faire dans sa vie : être payée pour voyager! À sa demande, sa mère l’inscrit au CÉGEP en sciences humaines, profil monde, en vue d’obtenir un baccalauréat en relations internationales.

Amour, famille, nouvelle orientation

Une des phrases de L’Alchimiste « On ne s’aperçoit pas toujours que l’on parcourt chaque jour un nouveau chemin », colle au destin d’Isabelle Poulin. La jeune étudiante rencontre son conjoint lors de sa 2e année au CÉGEP et déménage ses pénates à Saint-Hippolyte pendant son cursus universitaire, en 1999. Alexandre a un réel désir d’avoir des enfants rapidement et la femme de tête souhaite avant tout obtenir son baccalauréat en relations internationales, ce qu’elle réussit le 20 avril 2000, tout en finissant à la même date, sa saison de travail au Mont-Sauveur. Cinq semaines plus tard, elle accouche de sa première fille, Daphnée. S’en suit un congé de maternité, avec la question « Qu’est-ce que je vais faire? ». Marquée par l’absence au foyer de sa mère aux prises avec une vie politique accaparante, elle décide qu’elle veut voir grandir ses enfants et être avec eux.

Cependant, elle s’est toujours questionné « Qu’est-ce qui est si le fun en politique au point de ne pas être à la maison? ». Pendant ce congé, elle s’inscrit à un certificat en gestion des services municipaux, l’objectif étant de faire de la politique à côté de la maison. Cinq mois plus tard, un deuxième heureux événement s’annonce, la famille va s’agrandir. La naissance de Louis-Matis est assortie d’un deuxième congé de maternité. La jeune maman termine son certificat et s’inscrit au deuxième cycle à l’École nationale en administration publique, dans un microprogramme en analyse de la gestion urbaine.

Diplômes en poche, deux beaux enfants, sa belle-mère à ses côtés depuis le début, Isabelle Poulin atterrit de ce tourbillon sans trop savoir quelle voie prendre, avec le vœu de rester aux côtés de ses bambins. Elle décide de rencontrer une conseillère au Centre Intégration Emploi Laurentides à Saint-Jérôme. Elles font ensemble le tour du jardin. Une porte s’ouvre avec une offre d’emploi qu’elle décroche : élaborer la politique familiale à Sainte-Marthe-sur-le-Lac. « C’était un temps partiel, j’étais sur le X que j’avais besoin à ce moment-là. Je conjuguais politique et famille, ce qui était vraiment un signe assez surprenant dans ma vie ». Enlignée sur les astres, elle mène à terme cette politique, réalise la politique intergénérationnelle de Saint-Hippolyte, entame celle de Sainte-Lucie-des-Laurentides, concrétise le portrait des statistiques de la politique MADA (Municipalité Amie des Aînés) de Saint-Jérôme, finalise la politique pour le développement durable Agenda 21 à Saint-Colomban. Durant cette concrétisation professionnelle, Isabelle Poulin met au monde son troisième et… dernier enfant Loïc.

Aider ceux qui aident

Fin des années 2000 : le CISSS des Laurentides embauche Isabelle Poulin, au sein duquel elle y œuvre encore à ce jour, dans la fonction d’organisatrice communautaire. Mandat : travailler avec les acteurs afin de trouver des solutions communes à des problématiques sociales. Concrètement, elle prend le dossier des personnes âgées pendant neuf ans et participe à la mise en place du site Internet JeBénévole.ca du Centre d’action bénévole de Saint-Jérôme, calqué sur celui de Hull (Gatineau aujourd’hui). Elle élabore, en équipe, des outils, tels qu’un Guide pour les proches aidants, comprenant toutes les étapes de l’annonce du diagnostic jusqu’à la reprise de la vie après le décès, les crédits d’impôt, les ressources. Elle a également travaillé sur une décennie à la réalisation de la Cité des 3R et du Manoir Station 7, destinée aux personnes âgées à Saint-Jérôme. En 2017, elle se consacre à l’itinérance, au logement et aux adultes en difficulté. Lorsqu’Isabelle Poulin survole son parcours, elle réalise la raison pour laquelle sa carrière d’infirmière envisagée n’a pas vu le jour : d’être collée sur la souffrance. En revanche, en aidant ceux qui s’y collent, elle améliore les conditions des plus vulnérables, ce qui lui tient à cœur. Marquée par une phrase légendaire de L’Alchimiste, « L’heure la plus sombre est celle qui vient juste avant le lever du soleil. »

La traversée du Canada : Ancrage et Réflexions

L’attrait des voyages n’a jamais quitté Isabelle Poulin. Elle a traversé cinq fois le Canada, trois fois avec les enfants, deux fois en couple. L’avant-dernière escapade est des plus marquantes. À bord d’un motorisé, la famille part à la découverte des Territoires du Nord-Ouest. Les paysages sont saisissants, les conditions de vie des communautés autochtones troublantes, au point d’être incapable d’expliquer quoi que ce soit aux enfants. De retour, la mère de famille s’inscrit à un certificat d’études autochtones à l’Université de Montréal, finalisé par un stage à Manawan avec la nation des Attikameks au nord de la région de Lanaudière.

Conjugué à un cours pris précédemment à l’Université du Québec en Outaouais en gestion et développement des communautés, elle ajoute une corde à son arc au CISSS Laurentides en s’impliquant dans le dossier de la sécurisation culturelle des services autochtones. À ses 40 ans, elle reçoit un cadeau de son conjoint : 2 200 kilomètres en motoneige avec un guide d’expérience. Elle monte à Manawan, se rend à Wemotaci, puis à Mashteuiatsh, chez les Innus, ensuite à Oujé-bougoumou chez les Cris, et revient par l’Abitibi chez les Anishnabe, Pikogan, Kitcisakik pour finir à Maniwaki. Elle a la chance de participer à un pow-wow ainsi qu’à un Sweat Lodge et en retire une expérience enrichissante qu’elle décide autant que possible d’appliquer dans sa vie et son travail en créant des espaces sécuritaires pour que tout le monde puisse échanger dans le respect.

Femme de terrain, Isabelle Poulin ouvre un autre chapitre de sa vie en occupant le poste de mairesse de la Municipalité de Saint-Hippolyte. Elle souhaite contribuer positivement et voir les effets bénéfiques sur la communauté. Elle continuera à s’impliquer tant que la passion sera là et n’exclut pas qu’à sa retraite, dans une dizaine d’années, de devenir nomade!