
Pour souligner le 10e anniversaire du décès de Jacques Grand’Maison, quoi de mieux que de se rappeler l’un de ses 54 livres importants, Une foi ensouchée dans ce pays.
Je vous suggère cette lecture pour préparer le prochain référendum gagnant, qui nous donnera, enfin, un pays. Un projet pour lequel s’est battu Grand’Maison pendant toute sa vie.
Je commence par rappeler la première phrase de l’ouvrage
« J’ai écrit cet ouvrage d’un trait de feu après une longue réflexion que j’ai dû faire à l’occasion d’un événement dramatique dans ma vie. Un événement public, puisqu’il s’agissait d’une candidature possible lors d’une élection partielle dans mon comté, à l’automne 1979. » Suit la mise en contexte : « L’Événement. Juin 1979. Jean-Guy Cardinal, député de mon comté, venait de mourir. Il fallait songer aux élections partielles… Des trois comtés en jeu, celui de Prévost apparaissait le plus important test de vérité… Depuis le début de la Confédération, les électeurs de mon comté avaient voté du “bon bord” ».
René lui offre un poste de ministre
René Lévesque, premier ministre du Québec, lui téléphona pour lui offrir un poste de ministre. Il devait se présenter aux élections dans sa ville natale. Jacques m’a raconté cette anecdote. Feu Jean-Marc Gauthier, ami et professeur de théologie avec lui et Paul-André Boucher de Tricofil, m’ont chacun confirmé avoir entendu de sa bouche cette belle histoire.
Grand’Maison est écartelé entre sa vie de prêtre et son rôle de député-ministre à venir. Il vit une crise existentielle, en accord avec sa vérité profonde. « Je vivais ce dilemme depuis quelques semaines dans la plus grande obscurité. Un soir, en revenant de Montréal, sur l’autoroute, j’ai senti monter du plus profond de mon être une vérité intérieure… »
« Mais enfin, tu es prêtre, nom de Dieu »
Il considérait que nos ancêtres n’étaient pas des imbéciles, qu’ils avaient fait de bons choix pour survivre en ce pays. Il cite Pierre Vadeboncoeur pour qui, il faut reconnaître l’importance de « l’héritage d’un peuple testateur d’un bien spirituel commun ». Pour Grand’Maison, « un avenir difficile et problématique comme le nôtre exige une résolution appuyée sur de forts ensouchements ». Finalement, il entendra la Voix d’en haut et décidera de ne pas se lancer en politique. Il affirmera que « la communauté qui transmet les grands symboles de la foi ne doit pas être la même que celle qui fait des choix politiques ». Il faut suivre le conseil du Christ : « Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Il choisira de continuer à transmettre les grands symboles de la foi, en pratiquant les rituels qui différencient l’humain de l’animal, les sacrements : baptême, communion, confirmation, confession, mariage, sacerdoce et extrême-onction.
Il écrit que, dans un siècle dominé par le totalitarisme, le fascisme, le communisme, il importe pour lui d’affirmer la conscience chrétienne. Il préféra aider les travailleurs exploités, les jeunes, les Tiers, les vulnérables, les exclus, les laissés pour compte de la société jérômienne.
Pour lui, il fallait tout faire pour que nous ne devenions pas « les Cajuns du Canada au prochain siècle ». Il déplore le rôle joué par les évêques catholiques, tant aux États-Unis que dans le reste du Canada, qui exhortaient les Canadiens-français à abandonner leur langue, leur histoire et leur culture pour devenir des anglophones. Il dénonce les lois des provinces canadiennes qui interdisent l’enseignement du français sur leur territoire, comme le triste Règlement 17 de l’Ontario, promulgué par les évêques catholiques irlandais et appuyé par le cardinal Carter.
Bref, Grand’Maison choisit de se battre pour son peuple en utilisant son poste de prêtre au lieu de celui de député-ministre.
Jacques Grand’Maison, Une foi ensouchée dans ce pays, Leméac, 1979, 139 pages.

