Respecter sa parole. Respecter son prochain. Respecter la loi. Respecter la nature. Respecter les institutions.

 

Nous sommes dans une ère où l’opinion individuelle prévaut, ou tout un chacun s’accorde le droit de critiquer et de dénoncer à tout vent. Nous arrivons à l’autre bout du spectre, après des décennies de noirceur. Aveuglément, nos aïeuls ont trop souvent obéi. À l’Église et à toutes les autorités sociétales : gouvernements, magistrats, policiers, pères et mères… Et parce qu’il y a eu des abus en masse, nous nous sommes réveillés en sursaut : Hé! J’ai le droit de parole! J’ai envie de faire ce que je veux! Personne ne va venir me dire comment vivre ma vie!

 

Nous avons désormais accès à une information instantanée et quasi illimitée. Tous les sujets du monde s’expliquent et se décortiquent sur Internet, en plus de toutes les bibliothèques et les musées de la planète. Presque tout, de notre quotidien, peut se vulgariser en un temps record. Tout est synthétisé. Résumé. Et cette connaissance sommaire, qui ne fait qu’effleurer généralement le sujet, fournit l’impression de nous rendre savants. Je l’ai remarqué pendant cette triste période que fut la pandémie et j’ai été sidérée de voir la montée de l’opinion publique au sujet des vaccins. Personnellement, je ne me sens pas compétente pour juger l’efficacité d’un vaccin, je n’ai pas quinze ans d’études en médecine derrière la cravate. Se questionner sur ce qui va dans mon corps ou dans celui de mes enfants? Bien sûr! Lire les ingrédients d’un produit qu’on ingère, poser des questions aux médecins sur telle ou telle pratique? Absolument! Mais se croire plus futé que les scientifiques? Ouf.

 

Comment apprendre à mes enfants le respect?

L’une des premières leçons de respect que les miens ont appris à la maternelle est de lever la main pour prendre la parole. Ensuite, c’est de respecter l’heure, avec la cloche. Respecter le silence, pendant les examens. Et respecter les amis, et les professeurs… etc, etc. Rendus adultes, nous ne levons que très rarement la main. Nous nous croyons supérieurs à autrui, plus pressés, plus riches, plus importants. Respecter la limite de vitesse de 50? Pourquoi? Moi, j’ai hâte d’arriver et je conduis mieux que tout le monde de toute façon. Respecter l’heure de mon rendez-vous? Pourquoi? Moi, j’ai une vie tellement occupée, ils vont comprendre que je sois en retard. Respecter la procédure? Pourquoi faire? C’est tellement niaiseux et ça ne sert à rien.

 

Violence verbale?

Je parlais à une amie qui a un métier peu banal : elle maquille les enfants dans les fêtes foraines. Son gagne-pain : donner du bonheur aux tout-petits. Eh bien elle aussi, tout comme le dentiste, le pharmacien, le garagiste, le vétérinaire et le médecin, elle a une affiche devant son kiosque : « Aucune violence physique ou verbale ne sera tolérée… ». Hein? Quoi? « Violence verbale »? Pour une artiste qui maquille des enfants? Ça ne devrait pas respirer la zénitude et la joie autour de son kiosque?

 

Comment en sommes-nous arrivés à ne plus avoir de respect envers le métier de son prochain? « Faut pas être un génie pour faire ça » ou « N’importe qui est capable de faire ce qu’il fait ». Sommes-nous désillusionnés, nous croyons-nous supérieurs à ce point? Plus qualifiés que les gynécologues et les biochimistes? Ce que nous avons à dire, lors d’une assemblée, est-il plus pertinent que ce que les autres ont à dire au point de leur couper la parole et d’exploser en un déferlement de jurons et d’insultes? Sommes-nous à cran à ce point? Impatients et excédés derrière cette voiture qui roule « seulement » à la limite? Un petit doigt d’honneur en dépassant sur une ligne pleine parce qu’il a osé nous klaxonner? Pourquoi pas!

 

En tant que société, j’avoue qu’il est sain et bon de se soulever et de revendiquer. Les remises en question sont cruciales pour qu’un peuple ou une famille évolue dans le bien commun. Je suis la première à évoquer la non-pertinence et l’injustice dans une foule d’aspects de mon quotidien. Il y a cependant une manière de le faire. Oui, parfois, l’écoeurentite est aiguë et on est à bout de patience. Mais entre avoir un écart d’humeur sporadique et entretenir une culture de non-respect, il y a une marge. Entre se laisser marcher sur les pieds, courber l’échine, et crier au scandale pour un rien, il y a une marge.

 

J’aurais donc envie de dire à mes enfants : ne cessez jamais, mes petits, de lever la main. Pour dénoncer. Pour voter. Pour poser une question. Pour demander de l’attention. Pour signifier votre présence. Ce n’est pas un signe d’obéissance ou de faiblesse. C’est un signe de respect.

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