
L’exposition Trip de mousse de Karine Fournier, alias Tricot Pirate, sera à l’affiche de la salle multifonctionnelle de la bibliothèque du 4 juin au 21 juillet. Le vernissage aura lieu le 4 juin de 17 à 19 heures. L’artiste aime travailler de ses mains et aime travailler le textile. Elle est par ailleurs fascinée par les mousses, les lichens, les champignons, les petits microorganismes qui poussent dans la forêt. « Mes sculptures, indique-t-elle, rappellent la nature, mais peut-être une nature imaginaire. En entrant dans la salle d’exposition, le spectateur pourra se promener dans une petite forêt magique. »
L’artiste Karine Fournier est avant tout une figure marquante du « tricot graffiti » au Québec, une forme d’art urbain (street art). Elle recouvre de laine des éléments de l’espace public, comme des bancs de parcs, des poteaux, des arbres, afin de détourner le tricot de son aspect domestique et utilitaire pour en faire de l’art. Elle offre en continu des ateliers de médiation dans les écoles et à des groupes intergénérationnels.Mais au-delà de cette étiquette, pour Karine Fournier, tout a commencé avec les sculptures textiles qu’elle a exposées sur la place publique.


Subvertir les savoir-faire dans une pratique d’installation textile

C’est le titre de son mémoire de maîtrise qu’elle a mis 6 ans à compléter. Elle y a inventé l’expression « libre-coudre ». Parallèlement, elle développait sa pratique, d’abord comme artisane, puis comme artiste. « Ce qui m’intéresse, ce qui m’est spécifique, c’est d’aller chercher l’aspect de subversion. » Elle n’utilise pas le savoir-faire traditionnel de façon coutumière. Elle met l’accent sur le processus de création, tel que privilégié dans l’art processuel (process art). Elle est dans la présence attentive. Chaque point est une exploration en soi. Les formes se déploient. Elle ne contrôle pas ce qui va se passer. Elle est dans le geste de coudre. Au moment de l’assemblage, il y a une magie qui opère. « La technique, c’est secondaire pour moi. Quand on coud ou qu’on tricote, c’est supposé être parfait, mais moi, l’erreur, je la trouve belle. Ce que j’aime, c’est d’utiliser certains matériaux avec certaines techniques qui ne vont pas ensemble et voir ce que ça va donner. C’est comme un gros laboratoire! » Ce n’est pas pour rien qu’on la connaît sous le nom de Tricot Pirate.
Trip de mousse

Pour son exposition Trip de mousse, elle s’est servie de vêtements usagés pour faire des sculptures « un peu plus expérimentales », indique-t-elle. Elle a pris des chandails, a coupé les manches, les a assemblées, les a rembourrées et les a recousues pour créer des sculptures textiles molles en 3D. Elle propose aussi, pour la première fois, des œuvres réalisées avec une toute nouvelle méthode. Elle a utilisé des objets domestiques comme des coussins et des tableaux déjà peints qu’elle a trouvés dans les friperies. Elle les a brodés avec de la laine et y a souvent ajouté des pompons pour représenter l’idée de mousse. « C’est comme si la nature reprend ses droits sur les objets avec lesquels on vit dans notre maison », explique-t-elle.
Pour l’artiste, utiliser des matériaux de seconde main agit comme un stimulant. Travailler avec ce qu’elle peut dénicher est une contrainte qui l’aide à innover de façon créative. Recycler lui permet de créer de l’inattendu dans son travail. Le type de tissu lui importe peu. Ce sont les textures et les couleurs qui l’inspirent. Dans sa présentation, elle propose des installations composées d’accumulations d’une forme qui se répète. « Je trouve ça très intéressant d’avoir le regard saturé par le même motif. Donc, par exemple, il y a des coussins recouverts de petites mousses qui forment une pile comme si on était dans la forêt et qu’il y avait comme un gros rocher. Il y a de petits champignons. Il y a au mur des œuvres qui sont recouvertes de lichens. »
Devoir de l’artiste
« Je crois qu’en tant qu’artiste, on a le devoir de se questionner sur nos modes de vie », témoigne-t-elle. Une mission qu’elle prend à cœur. Elle précise d’ailleurs que son médium artistique, le textile, est le plus gros pollueur de la planète. Les textiles se retrouvent en masse, en ballots enfouis dans la terre ou envoyés dans d’autres pays. En recyclant des objets de la vie quotidienne, elle veut « rappeler la place qu’on occupe sur la planète Terre. Notre devoir de prendre soin de notre environnement, de faire attention à ne pas jeter trop de déchets. Dans le fond, d’être conscient de notre consommation et de notre surconsommation. Faire du surcyclage en utilisant ce qu’on a déjà ».

