Il y a actuellement un engouement chez les citoyens pour l’intelligence artificielle (IA), surtout pour l’IA générative comme ChatGPT, qui permet de créer des textes, des images et des vidéos sur une simple commande. Bien que cette technologie, qui évolue à vitesse grand V, ait des avantages certains, qu’en est-il de son impact environnemental?
Eh oui! Des machines peuvent maintenant penser pour nous. Alan Turing, le célèbre mathématicien britannique, l’avait pressenti dès les années 50 et maintenant nous y sommes : des machines sont maintenant capables de reproduire des comportements liés aux humains comme le raisonnement, la planification et la créativité.
Ces outils technologiques comportent de multiples avantages au niveau environnemental. L’IA peut détecter des tendances dans les données et peut faire des prédictions. Celles-ci peuvent aider les gouvernements, les entreprises et les citoyens à faire de meilleurs choix environnementaux. L’IA peut aussi être utilisée pour détecter les émissions polluantes mondiales, comme le méthane, et ainsi inciter à plus de mesures de mitigation.
Pas que des avantages
Malgré les avantages de l’IA, cette technologie a un coût environnemental important. D’abord, les matériaux utilisés pour construire ces outils technologiques (minéraux, terres rares, etc.) sont issus de procédés miniers souvent très polluants. Les centre de données, ces édifices à température contrôlée qui hébergent l’infrastructure informatique nécessaire à l’IA (il y en a au moins 75 au Québec – pas nécessairement tous liés à l’IA) exigent aussi une grande quantité de matières premières : un ordinateur de 2 kg, par exemple, requiert 800 kg de matières premières. Par ailleurs, toutes les composantes liées à l’IA génèreront à terme des déchets électroniques très nocifs comme le mercure et le plomb.
La quantité d’eau nécessaire à la construction des centres de données et au refroidissement des composantes électroniques pourra de plus devenir problématique à mesure que les centres de données prolifèreront. On estime que, globalement, l’infrastructure nécessaire à l’IA consommera bientôt six fois plus d’eau que le Danemark, un pays de 6 millions d’habitants. C’est un problème quand on sait que le quart de la population mondiale n’a pas accès à l’eau potable. Cette ponction en eau affectera aussi nécessairement les écosystèmes aquatiques et les réserves aquifères.
Un autre facteur problématique lié à l’IA, c’est sa consommation d’énergie. L’IA est très gourmande. Voici quelques exemples :
- Une requête faite sur ChatGPT consomme 10 fois plus d’électricité qu’une recherche sur Google.
- L’énergie nécessaire à l’industrie technologique en Irlande — devenu un des pôles technologiques mondiaux — équivaudra à 35 % de toute sa consommation d’énergie en 2026.
- Puisque le nombre de centres de données mondiaux a explosé dans les dernières années (il est passé de 500 000 en 2012 à 8 millions en 2025), on estime qu’à la fin de 2026, la consommation d’énergie de ces centres approchera des 1050 térawatts-heures, ce qui les placerait au 5e rang mondial des entités consommatrices, entre le Japon et la Russie.
Quand on sait que l’énergie utilisée par les centres de données est souvent issue de la combustion de carburants fossiles qui contribuent à la production de gaz à effet de serre, on voit bien que cette technologie énergivore n’est pas soutenable dans son modèle actuel. La pollution sonore générée par les refroidisseurs des centres de données est aussi à prendre en considération. Sans traitement acoustique approprié, un centre de données peut engendrer des niveaux sonores d’environ 70 décibels pour les riverains. L’OMS considère que des bruits supérieurs à 40 dB la nuit et à 50-55 dB le jour ont des effets sur le sommeil, la concentration, la santé cardiaque et l’apprentissage. Le bruit généré par les centres de données peut sans contredit avoir des effets non négligeables sur la santé.
Des machines qui pensent… et qui mentent!
Il reste que l’IA est constituée d’algorithmes sophistiqués, certes, mais incapables d’auto-évaluation. On sait que ChatGPT peut « halluciner » et produire du contenu incorrect. Il est ainsi judicieux de toujours vérifier le contenu généré par l’IA. Malheureusement, l’IA peut être utilisée pour générer de la désinformation au sujet de l’environnement. Les climatosceptiques peuvent ainsi publier de fausses informations à l’aide de l’IA. Une vidéo générée par l’IA a, par exemple, circulé sur TikTok montrant des inondations à Belém, en Amazonie, où s’est tenue la COP30. Mais les images contenues dans cette vidéo ont été créées de toutes pièces1.
Dans ce contexte, il y a maintenant plusieurs chercheurs qui appellent à la prudence. En particulier Yoshua Bengio, chercheur montréalais et spécialiste en IA de renommée mondiale, qui est sidéré par la vitesse à laquelle la technologie évolue et est inquiet face aux modèles d’IA avancés qui peuvent maintenant démontrer des comportements d’autopréservation et générer sciemment des données mensongères. Il incite à la prudence et demande à ce que des balises soient établies.
1 COP30 : l’IA renforce la désinformation sur le climat, selon une ONG, Sciences et Avenir, 6 novembre 2025 (sciencesetavenir.fr/nature-environnement/cop30-l-ia-renforce-la-desinformation-sur-le-climat-selon-une-ong_189196)
Petite astuce pour diminuer son impact environnemental
Avez-vous remarqué que lorsque vous faites une recherche dans Google, la première réponse qui apparaît est intitulée « AI Overview »? Google génère automatiquement une réponse tirée de l’IA. L’impact carbone de chaque requête en est donc augmenté. Il est possible d’éviter ces réponses générées par l’IA : il s’agit simplement d’écrire le signe moins (-) et les lettres ia à la suite aux termes de la recherche.
Par exemple, les résultats de la recherche dans Google avec les termes « qui est Alan Turing -ia » ne donneront pas de texte intitulé IA Overviewon : parcdesfalaises.ca/faire-un-don
