Le Book Humanitaire, la bonne action


Hier matin, assise à mon bureau, j’aperçois par hasard un homme, torse nu, désorienté, la tête ensanglantée, qui déambule en jaquette bleue sur la rue Brière. Nous sommes un matin de janvier et il fait moins 12 degrés dehors. Je me précipite vers lui pour l’intercepter et le faire entrer pour qu’il se réchauffe et lui donner une couverture chaude et un café tout en lui demandant son nom, ce qui lui était arrivé et d’où il venait. Je soigne également ses blessures grâce à mon expérience d’infirmière et mon équipement médical que nous avons ici.

 

Régent me dit qu’il était un itinérant et qu’il avait été agressé et battu la veille. Suite à cette agression, il avait été amené à l’hôpital et avait attendu des heures à l’urgence pour être soigné. Cependant, Régent est instable mentalement et il n’a plus voulu attendre sur un siège où il était laissé à lui-même pendant longtemps. Il a décidé de partir et d’aller vers le refuge de l’église Sainte-Paule. Dans l’état lamentable où il était, comment a-t-il pu sortir de l’hôpital sans qu’aucun membre du personnel médical ne le questionne ? Ou un gardien de sécurité ? Un visiteur ? Un employé ? De l’hôpital jusqu’au Book humanitaire, il y a 25 minutes de marche. PERSONNE ne s’est soucié de cet homme visiblement blessé, sans manteau, le regard hagard et en jaquette d’hôpital ouverte. C’est pour moi incompréhensible. Que lui serait-il arrivé si je ne l’avais pas vu ?

 

Il était environ neuf heures et il y avait des voitures qui circulaient et des passants. Nous sommes tous pressés, nous avons nos vies, nos craintes vis-à-vis de la COVID, mais dans le cas extrême de Régent, c’est inacceptable de l’ignorer et de continuer son chemin. Si VOUS aviez été agressé et étiez dans cet état dans la rue, ou votre enfant, votre frère, votre sœur ou vos parents, vous auriez été scandalisé de constater que PERSONNE ne se soucie d’une personne en détresse. Régent est un itinérant, il est vulnérable et n’a personne pour l’aider. Soyons des personnes de cœur. Traitons les autres comme nous voudrions être traités. Il s’agit ici de dignité humaine.

 

Mon but n’est surtout pas de juger ou de critiquer la société, mais uniquement de vous sensibiliser aux besoins d’autrui. En cette période de pandémie, plus que jamais, tendons la main aux autres dans le besoin. Un appel, un petit plat, une gentille attention, un geste simple pour nous, mais qui va faire une énorme différence dans la vie de cette personne.

 

Régent est maintenant rétabli et est en thérapie pour enfin reprendre sa vie en main et sortir de la rue. Il est très reconnaissant de l’aide que nous lui avons procurée et il souhaite aider un jour les sans-abris à faire comme lui, retrouver une vie normale. En posant un simple geste, pour guider quelqu’un vers les bonnes ressources, vous pouvez changer la vie de cette personne pour le meilleur. Soyez un ange gardien.