
Les oiseaux de rivage sont des êtres intéressants. Simplement à les observer dans leur habitat, on peut en apprendre beaucoup sur leurs habitudes de vie. Appelés aussi limicoles, ces oiseaux se tiennent souvent en eau peu profonde sur le littoral, une zone de contact entre la terre et l’eau. Tout le monde a dû voir le spectacle saisissant d’une volée de bécasseaux sur le bord de mer. À l’approche de la vague, ils virevoltent à l’unisson et tournoient tous dans la même direction jusqu’à ce qu’ils se posent un peu plus loin. Dans cette chronique, je traiterai du Chevalier grivelé, l’oiseau de rivage le plus abondant en Amérique du Nord. Ce chevalier fait partie de la grande famille des bécasseaux, qui comprend aussi les pluviers, les courlis et les phalaropes.
De maubèche à chevalier
Le Chevalier grivelé, le nom le dit, porte sur le ventre et la poitrine des taches rondes et foncées. Anciennement, cet oiseau s’appelait la Maubèche branlequeue puis le Chevalier branlequeue avant de devenir grivelé. L’expression branle queue est toujours d’actualité. L’oiseau, en marchant, ne cesse de se dandiner tout en hochant son arrière-train. Le Chevalier grivelé peut être observé sur le bord des lacs, des rivières, du fleuve et à d’autres endroits non loin de l’eau. Je l’aperçois tous les ans au bord du lac où il vole à fleur d’eau.
Cri aigu et strident
Lorsque le Chevalier grivelé quitte son rocher et qu’il prend son envol, on ne distingue que le frétillement de la pointe des ailes, bien arquées en de çà de l’axe du corps. Il lance souvent des huît huît huît! très aigus et stridents durant son vol. Il possède un bec assez long et droit et se tient comme s’il était courbé vers l’avant, sans doute parce que ses pattes sont plutôt courtes et son cou restreint. Grâce à ce bec effilé, le Chevalier grivelé arpente les rives des cours d’eau à la recherche de larves d’insectes, de vers, de crabes, de petits poissons, de mollusques qu’il extirpe du substrat au fond de l’eau.
Présent en hiver au Costa Rica
Lors des deux derniers hivers, j’ai eu la chance d’observer des Chevaliers grivelés au Costa Rica, endroit où il peut passer l’hiver. À noter qu’il se tenait dans des baies ou sur des plages, là où l’eau est salée. L’oiseau est alors en plumage hivernal et aucune tache ronde n’apparaît sur son ventre ou sa poitrine. Il retrouvera son plumage nuptial en avril, au moment où il devra entreprendre sa migration annuelle vers le nord. À noter que cet oiseau peut hiverner jusqu’en Argentine et revenir nicher dans nos régions au printemps. Au Québec, à partir de mai, on le trouve dans toutes les régions, sauf en Ungava.
Une femelle polyandre
Cet oiseau pratique la polyandrie, ce qui inverse les rôles habituels chez les oiseaux. La femelle s’occupe de délimiter le territoire et, une fois les œufs pondus, elle délaissera le nid et ira s’accoupler avec d’autres mâles. Le mâle, laissé à lui-même, s’occupera de couver les œufs et, lorsque les trois ou quatre jeunes naîtront, ils suivront leur père seulement une heure après la naissance, lorsque leur duvet aura séché. Le père les nourrira jusqu’à ce qu’ils puissent se nourrir par eux-mêmes. À l’âge de 18 à 21 jours, ils pourront effectuer leur premier vol. La femelle pourra revenir pondre une deuxième fois (et même une troisième si les conditions sont optimales). Ce n’est que lors de la dernière ponte de l’année que la femelle aidera le mâle pour la couvaison des œufs et l’élevage des jeunes.
L’oiseau qui fréquente plusieurs habitats différents
Le Chevalier grivelé mesure environ 20 cm et il peut vivre une douzaine d’années. On se questionne sur l’abondance de l’espèce en ces temps de perte de biodiversité chez plusieurs animaux. On pense que la grande quantité d’habitats visités par ce chevalier et la nourriture très variée qu’il recherche ont permis son augmentation dans le temps. Et s’il effectue deux ou trois nichées successives et fructueuses, cela doit aussi aider à sa relative progression…

