
« Le vaincu a toujours meilleure mémoire que le vainqueur qui s’efforce de faire oublier le passé. » René Lévesque 1951. Préparons le 3e Référendum à venir!
Jacques Houle s’est lancé dans un projet immense : raconter l’histoire du peuple québécois qui a façonné ce pays, de ses origines, jusqu’au temps présent. Je vous ai parlé du tome 1 de ce livre en novembre dernier, qui traitait de la Nouvelle-France à la révolution de 1837-1838.
Dans ce deuxième tome, Houle s’inspire du sociologue Joseph Yvon Thériault, fier Acadien, pour inclure dans son histoire tous les francophones du Canada. Il débute par le combat des Métis francophones majoritaires au Manitoba et en Saskatchewan pour faire reconnaitre le droit de vivre en français. Ces luttes qui se terminèrent par la pendaison en 1885 de Louis Riel « le Père du Manitoba », ordonnée par John A. Macdonald, premier ministre du Canada et chef du Parti conservateur.
Au début du XIXe siècle, les Canadiens français vivent la Révolution industrielle avec la fin de l’importance de l’agriculture. L’urbanisation et les maladies qui l’accompagnent, l’émergence de nouvelles classes sociales et le rôle élargi du gouvernement du Québec changeront fondamentalement notre société. La lutte pour la survie du français continue au début du XXe siècle, avec le combat contre le fameux Règlement 17. En 1912, ce règlement est piloté par les évêques et prêtres catholiques anglophones irlandais. Ils veulent interdire l’enseignement du français dans les écoles francophones catholiques de l’Ontario. Il est voté par le gouvernement de l’Ontario. L’avocat Armand Lavergne et Henri Bourassa, fondateur du Devoir, dénoncent cette attaque contre le français au Canada.
En même temps, nos ancêtres vivent la Crise de la Conscription. Le gouvernement fédéral veut obliger les Québécois à s’enrôler pour aller aider l’Angleterre lors de la Première Guerre mondiale. Des spotters (détectives) parcourent la campagne pour arrêter les conscrits, des jeunes hommes en âge de devenir soldat, pour les enrôler de force dans l’armée. L’Habeas Corpus est suspendu. La Loi des mesures de guerre est adoptée. Armand Lavergne s’adresse à une foule de 4,500 citoyens pour les calmer. Il ne comprend pas que d’un côté le fédéral veut abolir le français en Ontario et que, de l’autre, il demande aux mêmes francophones d’aller se faire tuer pour l’Angleterre. Malgré son intervention, l’armée canadienne, sous les ordres d’un francophone, le major général François-Louis Lessard, tire sur les manifestants à la mitraillette et tue quatre citoyens en 1917.
Houle nous rappelle que c’est la même loi qu’utilisera Pierre Elliot Trudeau pour emprisonner 475 personnes au Québec, dont moi, en Octobre 1970. Houle nous rappelle le rôle social de l’Église, dans le chapitre Contribution de l’église à l’avancement du Québec. Sans les prêtres du bas clergé, le Québec actuel ressemblerait à la Louisiane, comme nous l’a rappelé justement Francois Legault. Avec notre taux de fécondité actuel de 1,3 enfant par femme au lieu des 12 enfants de nos ancêtres, les Québécois seraient-ils encore en Amérique? Les sociologues E.-Martin Meunier et Jean-Philippe Warren, se questionnent dans Sortir de la grande noirceur que « la religion catholique […] n’a-t-elle pas joué également ici, le rôle d’une force révolutionnaire? »
Malgré toutes ces attaques contre le fait français, nous avons avancé en 1940 avec les précurseurs de la Révolution tranquille pour entrer dans la modernité : Maurice Duplessis avec le fleurdelisé et le rapatriement de la perception des impôts par le Québec et Adélard Godbout du PLQ, avec la nationalisation de la production de l’électricité. Projet qui fut finalisé par René Lévesque en 1964.
Les échecs du Référendum de 1980 et la nuit des longs couteaux de 1981 ont « profondément blessé René Lévesque de s’être laissé piéger » par Pierre Elliot Trudeau et Jean Chrétien. « Lui qui a toujours eu un préjugé favorable envers le monde anglo-saxon, son sens de la démocratie et son fair-play, il tombe de haut en découvrant son hypocrisie. » Le Québec n’a pas signé la nouvelle constitution de Trudeau. L’accord du lac Meech, proposé par le premier ministre Bryan Mulroney, sera rejeté et Jean Chrétien, premier ministre du Canada, trichera pour gagner le Référendum de 1995 en ne respectant pas la Loi sur le financement des élections, si chère à René Lévesque.
Il faut lire Les Premiers Canadiens pour nous préparer au prochain Référendum à venir du Parti Québécois et de PSPP. Nous n’avons connu que des défaites depuis la Conquête de 1760. Souhaitons-nous une victoire bientôt. Mathieu Bock-Coté écrivait dans le Journal de Montréal : Les premiers Canadiens, qu’attendez-vous pour lire ce livre exceptionnel?
Houle, Jacques, avec la collaboration de Madeleine Nadeau Tanguay, Les premiers Canadiens. Histoire des Canadiens français du Québec, Tome 2. Du Canada-Uni au Référendum de 1995. Liber, 2024, 257 pages, avec Bibliographie générale et Index.

