Novembre, dans le calendrier liturgique catholique, est consacré à la mémoire des défunts. Une pratique qui nous vient des Romains. C’est durant ce mois que s’opère le retour au cimetière, un geste empreint de respect et de fidélité envers les défunts. C’est dans ce contexte que s’est réalisée la promesse d’un descendant à sa grand-mère mourante : ramener ses cendres dans le cimetière à côté de ses ancêtres.
La vie me réserve parfois de belles surprises
Le projet de rapatrier les cendres de ma tante Albina (1913-2009) était évoqué depuis longtemps, au point d’envisager un voyage à Détroit pour aller les chercher. En avril dernier, un courriel de son petit-fils Robert Benninger, fils de June, ma cousine germaine et fille d’Albina, arrive de San Francisco. Traduit gentiment par Google, il explique que sa grand-mère, souvent mélancolique et nostalgique, lui répétait depuis son enfance : « Mon chez-soi. L’endroit où je suis née. L’endroit que j’aime le plus. Il n’y a pas d’endroit comme la maison. »
Le rapatriement des cendres d’Albina
Il écrit : « De plusieurs manières, l’imaginaire de ma grand-mère demeurait dans son village où elle était née, avec sa famille et la langue française. » Albina souhaitait être enterrée auprès de ses ancêtres. Robert a respecté la promesse faite sur le lit de mort de sa grand-mère. Il s’est acquitté des frais de la cérémonie, de l’enterrement et de l’inscription sur le monument.
La cérémonie et la transmission du souvenir
Pour la cérémonie au cimetière, j’ai invité à officier l’abbé Normand Bergeron, natif de Pointe-des-Cascades et ami de la famille. Ayant assisté à la mise en terre de quatre proches depuis deux ans, j’ai pu constater la difficulté et l’importance du rôle du maître de cérémonie, qu’il a rempli avec classe, adaptant son discours au contexte et faisant preuve de créativité. J’en ai profité pour lire le beau poème de Nérée Beauchemin, Le dernier gîte. Étant donné qu’Albina était une ancienne du village, j’ai également convié le maire Peter Zytynsky, l’échevin Jean-Pierre Poirier, ainsi que Christiane Clément-Cyr et Raymond Poirier du Parc-des-Ancres à assister à la cérémonie. Ils ont tous apprécié l’occasion de discuter avec des vieux du village.
Émotions et héritage familial
La demande de Robert m’a profondément ému. Vieillissant, je ressens davantage cette sensibilité à la mémoire, d’autant plus qu’il a pris soin de traduire son message en français, témoignant d’une attention particulière à la culture française. Le lot du cimetière destiné à recevoir les cendres m’a été offert par Leone Crecine, cousine et fille de tante Lucille, la sœur d’Albert. Je l’ai transmis à mon fils Philémon, afin qu’un de mes petits-enfants, Julien ou Théodore, le transmette à son tour à la génération suivante. Ce geste permet à chacun de connaître l’histoire de ses origines.
L’espérance de la mémoire
J’ose espérer qu’après mon propre départ pour rejoindre mes ancêtres, tantes, oncles, cousines et cousins, et enfin avoir le temps de discuter avec eux, les enfants de mes petits-enfants, dans 99 ans, prendront le relais pour évoquer notre mémoire, au moins une fois par an, en novembre, le mois des Morts. J’ai remarqué que le cimetière de la paroisse des Cèdres ressemble à celui de Saint-Hippolyte entouré d’un muret qui encercle les tombes, créant ainsi un lieu de recueillement intime et discret.
Le dernier gîte
Nérée Beauchemin (1850-1931) poète québécois
Je te reviens, ô paroisse natale.
Patrie intime où mon cœur est resté;
Avant d’entrer dans la nuit glaciale,
Je viens frapper à ton seuil enchanté.
Pays d’amour, en vain j’ai fait la route
Pour saluer encore ton ciel bleu,
Mon œil se mouille et ma chair tremble toute,
Je viens te dire un éternel adieu.
Oh! couchez-moi dans la tombe bénite,
Dans un recoin discret du vieil enclos.
Ici, je viens chercher mon dernier gîte,
Je viens ici chercher calme et repos.
Ô terre sainte! ouvre-moi ton asile,
Près des miens, jusqu’au jour du grand réveil,
Je dormirai comme en un lit tranquille,
Mon dernier rêve et mon dernier sommeil.


