Comme vous le savez, au sein du journal Le Sentier, j’aide à organiser le Rendez-vous des commerçants qui a lieu début octobre. Il y a une centaine d’entreprises à Saint-Hippolyte, cachées derrière les forêts, dissimulées au tournant des lacs, tapies dans les quartiers résidentiels, essaimées le long des chemins sinueux.

 

Le Rendez-vous des commerçants est un événement qui cherche à stimuler l’économie locale et aider ces entreprises à faire des affaires. Paradoxalement, la grande majorité des entreprises hyppolitoises ne participent pas à notre Rendez-vous, car elles n’ont pas besoin de nouveaux clients. Les affaires sont déjà bonnes pour elles. On parle autant de commerces qui ont pignon sur rue que de professionnels et d’entreprises de services. On parle d’une économie satisfaisante et roulant déjà à plein rendement. C’est, à mon avis, extraordinaire!

 

La spécificité de « l’achat local »

Dans mon domaine qu’est l’alimentation/restauration, le paradoxe est autre. Moi, j’ai besoin de clients, je ne suis pas rendue au point d’en refuser à la porte. Mais j’ai aussi besoin d’artisans dans les métiers de bouche. Des charcutiers, fromagers, pâtissiers, boulangers, confituriers, confiseurs, chocolatiers… Nous avons l’impression que les slogans « d’achat local » qui ont la cote depuis quelques années nous saturent de produits artisanaux plus savoureux les uns que les autres. Il n’y a qu’à faire le tour des marchés extérieurs et des foires pour découvrir l’ampleur de notre gastronomie artisanale.

 

La réalité financière

Mais pour un commerce tel que le mien, trouver des fournisseurs n’est pas simple. Il faut trouver un artisan qui fait de bonnes choses, tant en goût qu’en qualité, à un prix intéressant pour moi comme pour mes clients, qui peut fournir en quantité et qui a les permis pour faire de la revente. Car derrière un pot de miel, il y a la production, la mise en pot, l’étiquette, les permis, les frais de transport, en plus de tous les frais fixes inhérents à la gestion d’une entreprise. En fin de compte, la marge bénéficiaire pour lui comme pour moi reste mince. Donc, il est souvent plus avantageux pour eux de vendre directement au marché ou en ligne plutôt qu’à moi. Pour les pâtissiers-boulangers-chocolatiers, la plupart ont déjà peine à fournir leur propre commerce par manque de main-d’œuvre qualifiée. Donc pas question pour eux de me fournir.

 

Je pensais que ça se ferait tout seul

Lorsque j’ai ouvert mon café-boutique, je voulais un endroit où l’on retrouve le savoir-faire des artisans québécois. Je n’ai pas les connaissances pour fabriquer moi-même la majorité des gourmandises que je vends; être chocolatier ou pâtissier, c’est un métier. Mon métier à moi, c’est de vous les faire connaître, c’est la vente et la promotion. Je pensais donc, en rédigeant mon plan d’affaires, que ça se ferait tout seul et que les artisans m’attendaient les bras ouverts. La réalité est toute autre. Le temps, les employés et la logistique leur manquent.

 

Le paradoxe

Le paradoxe, ici, est que les campagnes publicitaires nous encouragent à acheter local, que des points de vente comme le mien sont prêts à faire des affaires d’or, mais qu’entre les deux, le produit reste difficile à obtenir.

 

Je l’aurai maintes fois dit à mes trois enfants, avec une pointe d’humour : si vous choisissez plus tard un métier de bouche, vous ne serez jamais au chômage. L’Humanité aura toujours faim. Boucher, boulanger, charcutier, fromager, épicier… Bon. D’accord. Peut-être que l’un des trois pourrait être médecin, dentiste ou plombier parce que, franchement, ça aussi on en a besoin.

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