
La ministre Isabelle Charest (à gauche) et le ministre Mathieu Lacombe (à droite) entourant les membres de la famille Richard. photo martin alarie, journal de montréal
Pourquoi 65 années après avoir pris sa retraite et 25 années après son décès, Maurice Richard suscite-t-il toujours autant d’intérêt, tant chez les boomers et les jeunes amateurs de hockey que chez les jeunes Québécois en général, qui cherchent des modèles et ont besoin d’un héros?
Le Québec vient de reconnaître Maurice Richard comme un des rares « personnages historiques du Québec! » Le 4 août 1977, une statue à son effigie est dévoilée à l’aréna Maurice-Richard. En 1979, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal crée le Prix Maurice-Richard pour honorer une personne qui s’est distinguée dans le domaine des sports et de l’athlétisme. (Wikipédia)
Paul Daoust, essayiste
Après avoir expliqué dans le premier texte, l’historique qui va conduire à la création de Maurice Richard. Le mythe québécois aux 626 rondelles, Paul Daoust, détenteur de deux doctorats, ajoute à son rôle d’historien celui d’intellectuel analysant un phénomène social. Il devient un essayiste. Par définition, un essai, contrairement à un roman ou un poème, traite d’un problème d’actualité. Rares sont ceux qui résistent à l’épreuve du temps. Mais ce livre sur le mythe Maurice Richard est un texte qui mérite toujours d’être lu, même si sa publication remonte à 2006. Le problème de l’essayiste consiste à informer alors que le romancier, le créateur de chanson, propose un imaginaire qui nous fait oublier nos problèmes.

Le ministre de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe, et la ministre responsable du Sport, du Loisir et du Plein air, Isabelle Charest, lors de l’annonce de la désignation de Maurice Richard comme personnage historique du Québec, le dimanche 25 mai 2025, au Centre Bell. photo martin alarie, journal de montréal
Paul Daoust a le mérite d’écrire une belle histoire dans un style agréable et facile. La forme est très captivante comme un bon roman policier. En tant qu’intellectuel de haut niveau, Daoust ajoute une dimension plus abstraite, le fond, d’une manière plus théorique. Dans les chapitres cinq, six et sept, il réfléchit sur la notion de mythe, « un véritable piège sémantique ». Le mythe Richard occupe l’imaginaire symbolique des rêves dans le subconscient des Canadiens français.
Le mythe s’éprouve et ne s’explique pas
Daoust se réfère aux grands intellectuels qui ont tenté d’expliquer la mythification : Roger Caillois, Gérard Bouchard, Jacques le Goff, Jacques Ellul, Claude Lévi-Strauss, etc. Il tente d’éclaircir cette apparente contradiction. « Le mythe est une pensée qui s’exprime dans l’homme sans être le fruit d’une conscience réfléchie. Le mythe est au-delà de la croyance. Pour le peuple, le héros Richard reprend sur la glace le combat des Plaines d’Abraham sur un mode victorieux. C’est la notion de prégnance qui explique ce phénomène : le mythe s’éprouve et ne s’explique pas. »
Daoust relie le mythe Richard au début de la Révolution tranquille. L’émeute du Forum de 1955 fut une des circonstances propices à l’éclosion du mythe. « Une mythification a besoin d’un microclimat politique adéquat pour fermenter. Cette vie de survivance canadienne-française fut faite de défaites et d’humiliations endurées depuis l’écrasement de la Rébellion de 1837, qui fut le terreau fertile pour la mythification. Conséquence ou prolongement de cet état de fait, presque tous nos héros de la commémoration furent des perdants. Et Richard est arrivé pour briser ce cycle démoralisant. Sa fin de carrière ne fut pas marquée par une destinée tragique, une traîtrise, une défaite ou un malheur comme on l’a vu trop souvent chez nos héros. »
Le prochain texte informera sur tous ces héros qui furent des perdants, jusqu’à Maurice Richard, un gagnant, un winner.

