
Du 30 janvier au 1er février, et pour quatre représentations, on pouvait voir Québec-Montréal présenté au théâtre Gilles-Vigneault. Issue du film culte du même nom, cette pièce a su attirer un très grand nombre de spectateurs. Avec une impressionnante brochette d’acteurs, le tout fut rendu avec une justesse qui reproduit bien le scénario original.
C’est en 2002 que le prolifique Ricardo Trogi réalise cette production cinématographique. Il est également scénariste et acteur à ses heures et a plusieurs films à son actif, dont 1981, 1987, 1991 et 1995. L’adaptation pour le théâtre fut concoctée par le metteur en scène Pierre-François Legendre. Originalement, il fut acteur dans le film, ce qui lui confère un œil très averti pour orienter l’équipe et reconstituer l’histoire sur les planches.
Quand le film se transforme
Bien chapeauté par les Productions Monarque, on retrouve à la distribution : Charlotte Aubin (Catherine), Catherine Brunet (Julie), Louis Carrière (Pierre-François), Patrick Emmanuel Abellard (Mike Gauvin), Simon Pigeon (J-P Pigeon), Pier Luc Funk (Rob), Mickaël Gouin (Cossette) et Antoine Pilon (Rivard).
Conscience et réflexions routières
Le décor est incroyable! Quand le rideau se lève, on y voit une plateforme pivotante comportant des châssis de trois voitures qui représente chaque situation en simultané, ce fut certainement très sportif de bien coordonner le tout. D’ailleurs, on pouvait voir dans l’ombre les techniciens qui s’acquittaient de cette tâche. On y retrouve les voyageurs trentenaires qui, tout au long de leur trajet, auront différentes discussions. Car, partir de Québec vers Montréal, cela permet des échanges d’opinions parfois assez troublants. On fait la connaissance d’amis qui ont leurs idées bien arrêtées sur l’amour, la fidélité et l’amitié. Il y a aussi deux collègues de travail à la romance complexe et un jeune couple dont la rupture est aussi évidente qu’un panneau de signalisation.
Certaines conversations deviennent parfois épineuses, telles que : « Si je divorce, ça va valoir la peine », « Le hasard, ça fait partie du destin et ça plaît aux femmes », « Je réfléchis avant de faire quelque chose, car je suis un homme », etc. Ces quelques exemples nous rappellent que ces propos tenus il y a 24 ans ne tiendraient plus la route aujourd’hui. Ou bien, ce moment phare lorsque Gauvin, qui roule sur la 20, demande à sa partenaire avant de faire le plein d’essence « On a-tu passé Val-Alain ? On va aller chez l’Indien», car il compte bien économiser quelques sous, au désespoir de sa passagère. Quand finalement il arrête dans un garage, il s’exclame « gang de voleurs, du gaz à 87 cennes le litre! ». Les rires dans la salle nous confirment que ce n’est effectivement pas au goût du jour. Comme un copié-collé, les cinéphiles d’hier ont pu apprécier cette transmission théâtrale grâce à l’excellent jeu des comédiens combiné à leur camaraderie.
Donnez aux suivants
Le réalisateur Ricardo Trogi ainsi que les créateurs Patrice Robitaille et Jean-Philippe Pearson, qui ont légué leurs rôles à ces acteurs, peuvent être fiers. On peut conclure que, pour les personnages, parcourir la route peut mener à une prise de conscience salutaire et faire réfléchir sur les hauts et les bas de la vie. Les dialogues sont très bien rendus. La signature scénique très actuelle de Legendre et les interactions réglées au quart de tour démontrent l’indéniable professionnalisme de toute la bande. Une ovation bien méritée leur est offerte ainsi qu’aux techniciens qui ont manié l’impressionnant plateau tournant. Quel plaisir que Québec-Montréal ait fait un arrêt à Saint-Jérôme afin de nous diverti.
Pour infos : theatregilles-vigneault.com
Photo : gracieuseté

